I - Réflexion Humaine

10 Juillet 2011

La plage... La mer... L'infini.
Je n'ai que cinq ans et déjà j'y suis confronté. Le mortel et l'immortel. La Terre et l'Humain. Les antithèses sont partout. J'en suis une moi-même: vie et mort. Le ciel est bleu et parsemé de nuages. Que suis-je? Suis-je un humain, un simple corps animé d'une impulsion électrique? Ou plutôt une âme, un esprit qui peut créer et imaginer? Je suis la vie. Vu mon âge, certains parleront de naïveté où d'innocence. Mais je suis plus proche de la vie que de la mort, contrairement aux adultes. Que suis-je pour eux? Une future employée de bureau vissée à sa chaise noire grinçante?
Je suis tellement heureuse de pouvoir encore marcher dans le sable chaud, aux côtés de ce que j'appelle "Maman". Des humains se reposent derrière moi, montrant l'insouciance tout en sentant la souffrance que seul leur coeur exprime. Antithèse: coeur et chair. La chair est faible, le coeur est puissant. Que vaut-il sans les actes? Que vaut un moteur sans roue? Nous tournons tellement souvent sans but, notre moteur n'est attaché à rien.
Heureuse de marcher dans le sable chaud... Est-ce réel? N'est-ce pas un rêve? Comment, de nos jours, distinguer le réel du rêve? Seul le réveil permet cette différence. Le réel et le rêve ne sont-ils pas égaux? Antithèse. Rêve et réalité. Égalité.
Je vois la plage, la mer et l'infini, l'horizon. Le Soleil descend peu à peu. Est-ce le rêve ou la réalité qui prend fin? Comment le savoir? Impossible. L'astre touche l'horizon et amorce la succession au trône de la Lune et de ses sujets. Mes yeux se ferment dans les bras de ma mère. La nuit m'envahit et fait disparaître le peu de clarté qui subsistait.

...

Je n'ai que cinq ans. Je me réveille dans une chambre de trois mètres carré. La sirène retentit. Le travail va commencer. Mon contre-maître m'attend dans les profondes usines de mon pays natal.
Antithèse.



II - Chute Inévitable

10 Juillet 2011

Une lumière. Je l'observe. Elle vient vers moi, chose rapide et quelque-peu étonnante, détonnante. Mon coeur s'éclaire. Déjà? Non, ce doit être une illusion... Rien ne peut aller aussi vite hormis la lumière.
Lumière... Souvenir du passé... Lumière. Un lustre. Il scintille au milieu du salon décoré de rouge et de bois beige. Ses reflets dansent sur les damiers qui recouvrent le sol.
Lumière. Ténèbres. Noir, obscurité et tristesse. Lumière. Elle revient. Je l'appelle. Elle illumine ma mort. Le cerisier dépourvu de feuilles apparaît dans le fond de ma cave, de ma cale, de ma prison. Les effluves s'ouvrent. Je pleure.
Est-ce mon destin de vivre ainsi? Etait-ce mon destin de mourir ainsi? Je ne comprends plus rien. Cette lumière me montre ô combien je suis faible et enfermé. Elle me montre mes chaînes, mes liens. Que puis-je y faire? Je ne peux m'en défaire. De plus, elle m'aveugle. Souvenir du passé... Lumière. École. Elle. L'Ange déchu qui désirait le courroux que je ne lui ai jamais donné. Raison. Sentiments. Mauvais calcul.
Lumière. Ténèbres. Noir, obscurité et tristesse. Lumière. Je ne vois rien hormis les rocailles qui parsèment ma cellule. Cellule. Cellule familiale. Inexistant. Erreur. Impossibilité. Vraiment? Non. Illusion. Rêve. Ce n'est rien. Amour, Lumière. Égalité. Vie, mort. Égalité. Rêve.
Lumière. Ténèbres. Je ne vois plus... Rien? Mes chaînes se rompent et disparaissent dans la lumière. Je tente de me lever. J'aimerais tant la remercier, l'enlacer, l'embrasser. Elle me fait avancer... Elle disparait... Elle meurt à mon contact. Chaud et froid. Vie et mort. Lumière et obscurité. Chaos. Je tombe. Chaos. Mort. Vie... Enfin?

Une note... Un Espoir. Un éclat, une émeraude, un rubis, un diamant, une étoile!

Je tombe...



III - Ténèbres Illuminées

10 Juillet 2011

Ténèbres... Ce monde est-il encore celui dans lequel ont vécu nos ancêtres? Ténèbres... Le feu nous dévore. Il nous consume continuellement. Est-ce encore le même feu? Est-ce toujours ce feu ardent, celui qui a fait vaincre les armées, qui nous détruit? Feu et ténèbres...
Or. De l'or coule des plaies ouvertes. Le sang a disparu au profit de l'or. Nos ancêtres se battaient pour l'Honneur, nos amis pour l'or. Or de sang hors du sang, sang d'or. Le sang s'endort lentement sous la Lune. Les désirs et les armes ont vaincu le feu ardent des sentiments. Amour. Existe-t-il quelque chose de semblable dans ce monde inconnu de nos ancêtres? Feu, ténèbres, sang et or.
Les dégâts ne sont pas que physiques. Ils sont surtout philosophiques. Bien, mal. Inversion. Qui peut juger du Bien et du mal? Personne dans ces décombres. Ombre. Elle plane sur l'ensemble du globe. Tout se meurt sous son emprise. La respiration disparait. Disparition. Sentiments. Les sentiments disparaissent au profit de l'or et du temps. Temps. Le Temps s'en va vers l'obscurité. Tout file, tout fuit, tout s'effile. La toile s'étend sur l'ombre, entraînant les foudres, engendrant les cimetières des idées. Tout s'éteint.
Feu, ténèbres, sang, or, ombre, extinction. Mort. Tout se meurt. Qui peut l'arrêter? Personne dans ces décombres. Ombre...
Deux mondes dans le nôtre: Bien et mal, sang et or, feu et ténèbres. Tout se complète et tout se détruit. Rien ne survit. Survie. Mort et Vie. Fruit, lumière, espoir. Qui espère encore? Personne dans ces décombres. Ombre...
La gueule ouverte, l'ombre ne voit pas la lumière qui revient. Espoir.
Feu, ténèbres, sang, or, ombre, extinction, mort. Vie, survie, espoir, lumière. Lumière...
Espoir final. Tout s'allume. Le feu réchauffe, l'espoir revit, la vie revient, la lumière éclaire.
Les décombres seront bientôt des monuments...



IV - Le chant d'un Ange

10 Juillet 2011

Obscurité et Lumière jouent et s'amusent dans cette pièce légèrement enfumée. Un écran projette des images aléatoires, un paravent décoré fait office de bannière et des bouteilles gisent sur les tables de bois. Que fais-je ici? Ce n'est pas mon univers. Je m'y perds. Malgré la musique dont les beats font sursauter mon coeur, je commence à m'endormir.
Soudain, lentement, le rythme change, accompagné d'autres instruments. Le piano prend la place de l'électro et le violon la place des grésillements. Ce changement fondu d'ambiance me réveille et m'éveille.
Un talon modeste entre dans la petite pièce dont les murs sont de pierres. Un ange entre en scène, contrastant avec les petits diables qui le regardent de haut en bas.
La fille aux cheveux rouges attrape un micro que lui lance un invité. La musique continue au rythme des touches blanches et noires. Le calme musical repose mon coeur. La fille entame un chant mélodieux, angélique, céleste. Ses lèvres bougent selon le violon: ils sont en harmonie. La voix et l'instrument ne font plus qu'un. Elle m'entraîne dans son univers, le sien, l'unique monde dans lequel elle semble sereine. Je m'y sens si bien. Je suis le moindre de ses mouvements, j'entre en accord avec elle, accord musical inconscient. J'attrape et m'attribue chaque parole, chaque son qui émane de cet instant sans le vouloir. Elle m'envoute et m'enchante.

La musique prend fin. La voix s'éteint. La musique diminue. Le rythme se rompt.
Le monde s'émiette et s'effondre.



V - Exutoire d'une nuit de Juillet

24 Juillet 2011

Encore un vide! Je le vois, il est là, il m'observe, il me nargue! Quelle tristesse... Je ne peux m'en défaire. Même le Temps semble incapable de me défaire de cette emprise qu'a ce vide sur moi. Comment pourrais-je abandonner? Tous le veulent. Moi non. Malgré le Temps, rien ne s'effrite! Je reste dans mon chaos, je reste dans ces ténèbres que l'on appelle Amour. Je ne veux pas que cela s'éteigne! Pourquoi vivrais-je alors? Sombre incompréhension! Que connais-je de cet état indispensable qu'est l'Amour? Qu'y connais-je? Je ne suis qu'un chercheur de trésor sans carte. Je ne me base que sur un mythe: je n'ai pour preuve de son existence que ma conviction personnelle que mon combat est juste! Quelle tristesse! Je suis comme quand on cherche un endroit pour s'abriter de la pluie alors que le Soleil brille tout en haut! Quelle inconscience de ma part...
Qu'importe! J'aime cela. Autant que je le déteste. Sombre chaos. Je vis dedans tous les jours: je connais sa Lumière. Mais celle-ci n'est qu'obscurité et tromperies. Je me trompe et me mens à moi-même...
Je sens cet obscur destin que je me sais impossible qui m'enlace comme je l'ai autrefois enlacé. Je ne peux rien faire: bien que je sais que cela m'est impossible, interdit, je sais que je me dois de ne pas baisser les bras, baisser la tête, baisser le rideau... Quel fou! J'aimerais lui faire lire tout ceci, ne serait-ce que pour lui montrer la souffrance que je cache, que je tente de briser par la force des mots! J'aimerais qu'elle en chante, qu'elle en danse! J'aimerais...
Je me cache derrière ce fin manteau que sont les lettres et les phrases. Lâcheté? Non, réflexion. À quoi bon agir quand on connait où cela mènera? J'ai déjà connu cela, je ne veux plus le connaître!
J'en ai eu du soutien. Mais à quoi bon? J'ai été comme un humain qui chute indéfiniment vers ses pires cauchemars: on veut s'approcher, on veut agir, on veut crier, bouger, hurler, pleurer, fuir, briser ces chaînes et ces liens qui nous serrent et nous fixent au sol. Le rêve, ce cauchemar, est incontrôlable! On ne peut pas choisir nos mots. Je ne peux que me voir tomber, chuter, attendre le moment où je m'écrase enfin.
J'ai survécu une fois. Certains, dit-on, y survivent constamment. Les pauvres, les fous! Je me suis brisé sous mes propres ténèbres, ceux qui viennent du premier siècle! Je ne veux pas y retourner... Non... Pitié! Sauvez-moi de ce joug qu'est l'Amour! Sauvez-moi de cette illusion, de ce désenchantement!
J'aimerais tellement le connaître à nouveau, pourtant... C'est vrai! Mais l'ais-je déjà senti une fois? Était-ce finalement de l'Amour? Qu'en sais-je? Quelle en est sa définition? Allez! Que quelqu'un me la dise! J'aimerais que celui qui peut définir cette fleur se lève! Une fleur? Oui... Douce fragilité et beauté suprême. Ma chute continue...
Ô réconfort que me sont les mots... Vous m'êtes inoffensifs quand je vous contrôle... Mais quand c'est l'Amour qui vous contrôle, vous n'êtes que des traîtres qui lancent leurs dagues empoisonnées dans les nuits les plus noires que l'on peut vivre en étant enchainé par cette fleur! Liens de métal qui nous enserrent quand on pense qu'ils nous embrassent... Triste mensonge. Oh oui.... J'y ai cru! J'en étais persuadé! Je croyais l'avoir trouvé! Enfin! Quelle excitation, quelle joie! J'étais enfin libre! Tromperie... Tromperie! Mensonge, illusion, mirage, complot! J'ai tant voulu hurler! Seuls les mots ont ouvert leur voix... La voie. Ma voie. Ma voix, celle que je n'ose dévoiler quand elle est là. Que dirais-je maintenant? "Je t'aime"? Foutaises! Comment pourrais-je dire cela? Je ne sais pas ce qu'est l'Amour! Dire ceci est insensé! Qui le connait? Personne! Il n'y a aucune carte vers le trésor, aucune preuve de sa véritable existence!
J'aimerais que ma chute s'arrête mais je suis sans cesse attiré par cette obscurité linéaire qui me cherche... Fascination. M'est-ce mortel? Dangereux? Qu'importe! Abandonner de nouveau ne ferait que repousser l'échéance d'une nouvelle tentative. Tentative? Je n'essaie rien. Je ne veux juste pas abandonner. Je veux juste me souvenir, même si cela m'est malsain. Oh, pauvres de vous! Vous me pensez fou? Vous me pensez lâche? Et alors? Je suis conscient que je ne sais pas ce qu'est l'Amour! J'ai tenté de très nombreuses fois de le comprendre, de le définir, voire de le saisir. Il est semblable au vent: on voit son effet, mais on ne le voit pas. Il apparaît par moments mais disparait aussitôt! Il y a bien parfois des tempêtes... Quelle obscurité après qu'il s'en soit allé! Quelle tristesse quand tout redevient calme!
Oh oui! J'aimerais tellement qu'elle lise ceci! Qu'elle comprenne! Qu'elle se rende compte! Seuls les écrits me permettent de m'exprimer! Lâcheté? Non. Réflexion. Oh oui... Être ami! Ah! Quel bonheur! Quelle rose de vie! Rose noire en décomposition! Eveille-moi! Réveille-moi! Fais-moi vivre, qu'enfin je connaisse ce qui me fut occulté! Impossible. C'est un vide incontrôlé, une ombre étendue sur la voûte céleste. Une ombre sur le Soleil! Oui. Tout a un sens! Sombre obscurité qui se dégage de cette défaite que j'ai subie... De cette armistice que je n'aurais pas dû signer rapidement avec l'opposant... Désormais, je ne me laisserai plus prendre, je prendrai! Je me battrai! Jusqu'à la mort s'il le faut! Pour son bonheur, comme je le fais depuis que j'en suis capable. Je marcherai dans les tranchées ennemies jusqu'à ce que mort s'en suive, afin de la sauver! Les mots ne sont que mon reflet. Ce que j'écris est ce que je pense. Ce que je pense est ce que je fais! Ce que je fais est pour ton bien, même si tu ne t'en rends certainement pas compte. Douleurs et tortures involontaires que tu me fais subir nuits et jours depuis déjà si longtemps... Je supporte et je n'oublie pas: ce seront mes armes de demain!
Je chute toujours vers cette lumière noire qu'ignorent les étoiles. Oui. Douleurs! Tortures! Ce bonheur que tu me partages et que je te demande de me partager malgré moi m'accable et me tue jour après jour! Je ne souhaite que ce bonheur mais quelle souffrance cela m'inflige! Et pourtant, afin de te préserver, je garde la tête haute et oublie le passé une fois que je t'écris ou que je te parle. Quelle tristesse de courir à sa propre perte, de s'en rendre compte et d'accélérer! Quel idiot je suis! Pourquoi devrais-je courir vers ma perte? Vers une autre défaite? Je m'arrête. J'arrête ma chute, j'arrête le temps. Tout se fige. Je réfléchis. Qu'est-ce que je cherche? Le bonheur? L'Amour? La liberté? La paix? Que suis-je venu chercher dans ces mots? Une échappatoire? Un exutoire? Je réfléchis...
Je cherche la Vie! je veux vivre! Comprenez-vous cela? Tout ce que je cherche, c'est la Vie! La Vie, je veux vivre! Vivre enfin heureux, vivre enfin l'Amour, vivre enfin libre, vivre enfin en paix! Enfin... Finalement...
L'obscurité se détache peu à peu... Quelques étoiles semblent la regarder... Elle s'efface! Je vois la lumière! Qu'elle est belle... Ravissante, radieuse, éblouissante. Quelle grâce. Je dois vivre. Continuer. Ne pas abandonner! Avancer! Me battre! Ne jamais faillir, regarder droit devant moi! Je dois me battre.
Soit.
Que la Guerre commence!



VI - Alpha et... Oméga?

23 Août 2011

Ils se sont rencontrés dans un château aux portes mêlées d'or et de soleil. Ils étaient alors inconscients de ce que leur réservait le Temps, heureux étaient-ils!
Les grandes dorures et les toiles magistrales donnaient à ces premiers instants une atmosphère féérique qui ne s'est jamais ternie depuis lors.
Ils ne se connaissaient que de nom et de visage et pourtant, un lien inconnu les tenait déjà dans ses griffes: une passion commune pour l'Orient.
La journée emplie de magie cessa d'être, laissant place à un souvenir précieux et inébranlable.
Deux mois plus tard, alors que ce souvenir commençait déjà à s'éteindre, ils se virent à nouveau, permettant au Temps d'accomplir le plan prévu. Ils allaient vivre ensemble chaque jour, côte à côte.
Les semaines passèrent et il ne tenait déjà plus. Comment une telle sirène pouvait accepter de partager son temps avec lui? La décadence venait de commencer.
Après de nombreuses discussions, il fut pris au piège par ses propres sentiments et dû avouer ce qu'il ne connaissait pas encore: l'Amour. Sa déclaration fut sans appel. Après une longue et futile explication: "Suki desu!". Étonnée de ces deux mots Japonais, elle hésita durant quelques temps, qui semblèrent infinis. Cette sombre attente l'achevait à petit feu.
Enfin vint la réponse. Oui. La folie s'empara de lui, qui ne faisait que vivre ses premiers et derniers instants de pur bonheur.
Ne sachant ni l'un ni l'autre comment vivre cet amour, ce dernier demeura instable jusqu'à ce qu'il commence à se transformer en haine et en incompréhension.
Malgré les caresses, les baisers et les moments où leurs deux corps se serraient l'un contre l'autre, rien ne subsista: la ruine et le chaos étaient inévitables.
L'amour se brisa tel du verre et détruisit ces deux petites boules bleues qui ne demandaient qu'à survivre.
Les mois passèrent. La colère s'éteint et laissa place au dialogue.
Verdict? L'amitié est indestructible. L'amour, s'il n'est pas maîtrisé, est comme un feu qui dévore tout, ne laissant que les cendres de la haine et du désespoir.
Mais le Temps subsiste encore et son plan n'est certainement pas terminé. Les liens qu'il a créé semblent toujours les attirer l'un vers l'autre, bien qu'ils ne s'en rendent pas compte...



VII - Hors du monde dans ce monde

14 Septembre 2011

Tout semble si sombre et impur dans ce monde qui n'est le mien que d'habitation temporaire. Tout semble si noir et si sec dans ce cristal qui se brise de jour en jour. Rien ne semble pouvoir me retirer de cette étrange et soudaine léthargie qui a surgi dans mon coeur ce matin. Rien ne semble pouvoir l'expliquer, si ce n'est une incompréhension totale de ce puzzle qui tarde à s'assembler. Ses pièces éparpillées ne se ressemblent pas, leurs bords ne concordent pas. Du moins, je ne le vois pas.
Personne ne semble plus vouloir m'aider. Ces amis si chers à mes yeux ne s'inquiètent déjà plus guère de ce qui se passe dans mon esprit désormais torturé par ces pensées ténèbreuses qui s'agglomèrent lentement et qui m'aveuglent.
Je ne reconnais pas ce monde qui, d'après ses habitants, est le mien. Je ne reconnais pas ces valeurs qui pourtant m'ont bercé. Je ne reconnais pas ces personnes qui semblent me connaître...
Je ne peux rien pour eux, ils ne peuvent rien pour moi.
Qu'est-ce que je cherche? L'Amour? La vie? Le bonheur? La paix? Le succès?
Je cherche sans doute un peu de tout... Mais ils me rient tous au nez. L'Amour se joue de ma naïveté et de mon bon-vouloir en m'empêchant de l'apercevoir. La vie rigole et me dit sans cesse qu'elle ne veut que me quitter. Le bonheur me nargue: par moment, il vient et s'en va l'instant suivant. La paix, alliée au bonheur, le suit dans ses méfaits, me faisant miroiter de brefs joyaux que je ne verrai jamais. Le succès, lui, m'effraie et m'empêche d'avancer en m'imposant des tâches que je ne veux pas accomplir.
Pourquoi donc ce monde-ci s'acharne-t-il sur un étranger? Pourquoi quelqu'un qui ne fait que passer doit-il subir tant de tortures quotidiennes? Tant de haine et de colère sont dressées contre moi. Je ne peux que les affronter sans faillir, de peur d'être nationalisé "Terrien"...
Cet amour que je cherche continue sans cesse à se moquer de moi, de mes rêves qui ne demandent qu'à être partagés et atteints. Ce silence cardiaque me terrifie jours et nuits, sans jamais cesser cette lourde emprise qui m'enserre et m'enterre précocement. Chaque mouvement des mécanismes d'une montre me rappelle un souvenir qui maintenant s'est obscurci sous les ténèbres de mon âme. J'aimerais tant que la lumière puisse les rallumer, les raviver, raviver cette flamme qui autrefois embrasait mon coeur et qui aujourd'hui ne peut même plus mettre le feu aux sèches brindilles du désert. J'aimerais tant pouvoir revivre ces jours où paix, bonheur et Amour dansaient avec moi une danse folle et nocturne. Si cela n'est pas possible, alors, peut-être pourrais-je oublier tout cela et recommencer à partir de rien? Peut-être pourrais-je à nouveau vivre de cet Amour qui comblait ma vie? Peut-être pourrais-je... Comment le pourrais-je? Je ne suis qu'un passant dans ce monde. Et le passeur tarde à descendre le Styx malgré cette pièce dorée que je lui tends de loin...



VIII - Jouons, aimons!

3 Novembre 2011

Chacun ses défauts, chacun ses faiblesses.
On est tous menteurs, et tous hypocrites.
Tous égaux en droits et devoirs.
Tous égaux en deuils et en gloires.

"Jouons, aimons!" disent ceux qui ne connaissent rien à la vie.
Que ferez-vous quand vous n'aurez plus d'avenir?

Chacun ses désirs, chacun ses envies.
On est tous voleurs, et tous malhonnêtes.
Tous égaux en droits et devoirs.
Tous égaux en deuils et en gloires.

"Jouons, aimons!" disent ceux qui ne connaissent rien à la vie.
Que ferez-vous quand vous serez l'ennemi de vos amis?

Chacun sa lumière, chacun ses ténèbres.
On est tous aveugles, et tous clairvoyants.
Tous égaux en droits et devoirs.
Tous égaux en deuils et en gloires.

"Jouons, aimons!" disent ceux qui ne connaissent rien à la vie.
Que ferez-vous quand vous mourrez tout seul dans votre lit?

Personne n'est parfait,
Rien n'est prévisible,
Mais ô combien la vie est bonne
quand on la contemple!

"Jouons, aimons!" disent ceux qui ne connaissent rien à la vie.
Que ferez-vous quand vous tournerez le dos au Paradis?

Chacun ses aiguilles, chacun son cadran.
On est tous condamnés, et déjà tous morts.
Tous égaux en droits et devoirs.
Tous égaux en deuils et en gloires.

"Jouons, aimons!" disent ceux qui ne connaissent rien à la vie.
Personne n'est parfait, ce n'est pas moi qui le dit!



IX - Cette fleur qui autrefois...

14 Septembre 2011

Cette fleur qui autrefois m'avait séduit est aujourd'hui fanée par ma seule faute. Je la regarde s'effondrer sur ce sol insensible à son charme d'antan. Plus personne ne la regarde, plus personne ne la contemple. Même moi, qui fut un jour son plus grand admirateur, je suis devenu incapable de focaliser mon attention sur elle. Néanmoins, elle m'inspire la pitié. Comment une si belle fleur, une si imposante merveille a-t-elle pu devenir ce qu'elle est aujourd'hui? Je finis par la regarder, je l'observe, intrigué par ce qui a bien pu se produire récemment. Récemment? Je ne sais pas. Je pense qu'elle a désiré sa propre perte. Pourquoi? Elle m'entraine avec elle...
Un pétale se détache du reste de son corps, comme un instant de beauté qui s'évade de nos souvenirs pour rejoindre les méandres de l'oubli. La rose reste là, immobile face au vent, posée sur le bitume froid et sec s'apparentant à de la glace coupante et glissante. Je m'avance vers elle, espérant la toucher et la prendre afin de la réchauffer, voire de la guérir... Le sol, unique et sombre réceptacle de cet espoir, s'oppose à ma volonté, usant de toute sa fourberie pour m'empecher d'atteindre mon but. Je glisse et me coupe sur cette plateforme dangereuse. Au péril de ma propre vie, je m'avance sans flancher, ne regardant que la fleur qui lentement se meurt. La flamme de l'espoir ne résidant plus que dans une petite et infime fumerolle, je parviens au centre de cet enfer gelé. Je m'abaisse après un long temps de contemplation et, d'un geste assuré et doux, effleure la légère fleur aux couleurs éthérées et aux reflets éteints. Au contact de ma peau ensanglantée, une de ses épines pénètre à l'intérieur de moi, tandis que le reste de son corps disparaît dans une fumée de cendres et de larmes, suivant la passion du vent, inanimées. Je me fige et, dans un dernier souffle, aperçois l'épine qui se propage sur ma peau jusque dans mon coeur dans une cascade de lumière noire.



X - Larmes du Tombeau

26 Septembre 2011

Cette énergie qui transperce mes yeux ne veut pas se libérer. Les larmes ne veulent pas couler. Le peuvent-elles? Le vase déborde sans cesse: on y rajoute chaque jour de mortelles gouttes.
De puissantes chaînes liant puissamment mon corps et mon âme, je ne peux empêcher ces gouttes de tomber dans cette immense amphore recouverte de sang et d'or.
Le vase déborde... Mais rien n'en sort. Rien ne s'en échappe, comme s'il était devenu une prison funèbre, une tombe à barreaux, une dernière demeure où l'air n'a pas sa place, où l'on reste seul, étouffant et mourant lentement sans pouvoir s'enfuir vers un monde que l'on espère plus clément. Les larmes s'agglutinent autour de l'Amour que je ne demande qu'à vivre sincèrement. Et encore, la guerre fait rage silencieusement dans mon coeur, dans ce vase remplit qu'est ma patience...



XI - Une classe

13 Janvier 2012

Une classe. Une classe remplie d'élèves. Certains attentifs, certains patients, d'autres impatients et d'autres encore endormis. Le professeur régurgite le cours qu'on lui a fait gober il y a des décennies. Tous aimeraient que cette heure se termine mais aucun ne réagit: amorphes, ils se contentent d'attendre en écoutant ou non ce que raconte l'autre.
Il n'est encore que huit heures et demi du matin, le soleil filtre à peine derrière la couverture nuageuse qui s'étend sur ce ciel d'un douze janvier. Quelques fleurs synthétiques sont posées sur le rebord des fenêtres dont les châssis viennent d'être remplacés, une horloge ronde entourée d'un anneau jaunâtre semi-transparent émet le même son qu'un métronome, mais celui-ci me reste inaudible, un calendrier aux couleurs froides est accroché à l'armoire en bois servant de buanderie provisoire, les lampes du plafond engrillagées clignotent frénétiquement, causant régulièrement des maux de tête à ceux qui les regardent et un diffuseur de parfum périmé est branché à une prise dont l'interrupteur n'est pas activé.
Les élèves tentent tant bien que mal de suivre le cours, prenant des notes ou écoutant. Étonnament, tous sont attentifs. Certes, quelques uns discutent entre-eux, mais tous se tournent vers le professeur dès que celui-ci prend la parole. Cependant, il suffit que celui-ci prenne la craie et qu'il se tourne vers le tableau verdâtre pour que les chuchotements s'animent.
Moi, je me contente d'écrire. Pas selon le cours, non. mais juste cette légère description. Ce cours ne m'intéresse pas, malgré ce que l'on peut m'en dire. Non, je me contente de décrire ce que je vois, ce que j'entends. D'ailleurs, les chuchotements se transforment actuellement en bavardages francs. Ne sachant pas à quoi cela est dû, je lève quelques instants les yeux et remarque un sourire se dessinant sur le visage de notre supérieur hiérarchique. Quelques rires résonnent encore derrière moi, sans que j'en connaisse la raison. Qu'importe, cela ne m'intéresse pas et je replonge dans ma contemplation de cette vie qui m'entoure.
La sonnerie crie la fin de la première heure de cours. Nous, nous n'avons droit qu'à une pause. En effet, nous avons, ô chance, deux heures de ce même cours. Je reste en classe tandis que tous les autres élèves sortent, cannette et biscuit en main. Le banc de devant est vidé de ses occupants, me laissant libre cours à mon observation.
Une farde ouverte, deux blocs de feuilles, dont un immaculé, quelques photocopies, quelques stylos hors de leur plumier, une petite boîte contenant les bonbons à la menthe que nous sommes censés vendre pour notre voyage de Rhétos, une bouteille d'eau encore remplie et un journal de classe fermé. Ah, les occupants reviennent à leur place. La pause se termine dans le brouhaha, jusqu'à ce que le professeur revienne dans sa classe, un paquet de feuilles dans les mains. Son bureau est rempli de matériel nécessaire, ou non, à son travail: cahier, craies, bouteille d'eau d'un litre, premier d'une couleur boueuse, deux sacs à main, téléphone portable préalablement positionné sur silencieux et porte-clefs auquel pend un singe miniature décoloré. Vraiment, rien n'est intéressant... Rien n'attire mon regard plus de cinq secondes, rien n'est attractif, distrayant, beau...
Voulant à tout prix échapper à ce cours, je m'évade dans le monde extérieur en plongeant mon regard dans les quelques arbres qui parsèment notre Athénée. D'ici, je vois l'internat dans lequel je vis chaque semaine depuis septembre, endroit paisible où seul le prochain repas est sujet d'inquiétude. Je peux voir sa façade rouge et quatre de ses fenêtres aux châssis noirs, ainsi que son toit aux tuiles toutes aussi sombres.
Le professeur menace la classe d'arrêter d'écrire au tableau... Quelle menace! Étrangement, cela fonctionne et les bavardages que je viens de remarquer se taisent déjà, tandis que le soleil filtre enfin au travers des nuages qui glissent et s'éloignent en dévoilant le ciel bleu pendant quelques instants avant que d'autres ne les remplacent.
Une heure est passée depuis que mon porte-mine s'est posé sur cette feuille dont le verso est déjà presque rempli. Il ne reste plus que vingt minutes avant la fin du cours. Je comprends mieux pourquoi les bavardages s'intensifie. Ah, ils distribuent les examens afin que l'on puisse voir nos erreurs. Si l'on me voit écrire, je risque d'en avoir. J'aime passer mon temps à écrire de tout et de n'importe quoi. C'est tellement passionnant de se contenter d'observer les autres!



XII - Je ne vois pas mon reflet

26 Mai 2011

Je ne vois pas mon reflet dans le miroir. Je ne vois qu'une ombre dépourvue de lumière. Je ne vois qu'obscurité et douleur. Tristesse et mort. Un ange déchu veillant sur une personne qui n'en vaut pas la peine. Je suis tombé... Très bas... Très très bas... Il n'a fallu que si peu pour me faire chuter! Si peu... Je suis si faible... Tellement faible... Je me relève néanmoins... Pour pouvoir mieux tomber par après. Comme ce fut toujours le cas. Toujours. Oui, on m'a toujours rabaissé. On m'a toujours fait tomber. On a toujours cherché à me nuire. À chaque fois, je me suis relevé. Toujours. Mais je suis épuisé. Dieu, je ne sens plus ta présence! Me suis-je éloigné si loin? Me suis-je égaré par-delà les montagnes? Te retrouvrais-je un jour, ô mon Dieu? Je te veux! Mon Dieu... Mon maître... J'ai été humilié de si nombreises fois! Je t'ai déçu tellement de fois également... Tant de fois où j'ai ignoré ton appel. Je suis désolé... Désolé... Pardonne-moi, Ô Dieu d'Amour! Tu es celui que je cherche! Oui... Viens à mon secours! J'ai besoin de toi... Tant besoin de tes bras... Guéris ma folie! Pardonne mes égarements! Pardonne-moi... Je t'implore! Pardonne-moi... Pardonne-moi, qu'enfin je puisse te revoir à côté de mon reflet!



XIII - Jeu inéluctable

11 Février 2012

La neige recouvre par endroits la rue et les trottoirs, se contentant de fondre un peu partout, laissant des traces boueuses dans toute la ville surplombée de pollution, de violence, de haine. Quelques bougies scintillent faiblement, ignorées de la nuit qui les observe de ses nombreuses et hautaines étoiles. Les fébriles flammes éclairent deux sombres individus qui semblent se réfugier dans l'obscurité que leur offre leur reine. De graves regards s'échangent autour de la table qu'ils entourent tels deux voiles aux sombres reflets... Un jeu d'échecs reluit à la paisible lumière de ces petites flammes. Les pièces noires et blanches dispersées d'une manière chaotique sur leur champ de bataille monochrome paraissent comme des compagnons partant à la guerre, un camp contre l'autre, guidés par le seul désir de ceux qui les déplacent à la surface de leur grillage. Pas un instant ces pièces ne songeront à quitter leur prison afin de ne pas s'entretuer. Finalement, pourquoi se rebeller? A la fin de chaque partie, tout redevient normal, jusqu'à la prochaine. Jamais non plus elles ne chercheront à désobéir aux ordres de leur maître. Pourquoi le feraient-elles, à vrai dire? Attaquer et se défendre n'apporte, il est vrai, aucun désagrément, si ce n'est quelques pertes "collatérales", comme elles disent souvent. Ces pièces noires et blanches se contentent de répondre aux attentes de leur tyran, ne se souciant ni de l'avenir, ni du présent, et oubliant le passé aussitôt qu'il se met à exister. Pourquoi chercher à comprendre? Cela leur parait si compliqué. Leurs maîtres sont bien assez intelligents pour réfléchir à leur place.

- Le fou prend la dame, déclara l'une des ombres.

La pièce allongée franchit la diagonale de son adversaire avant de se poser sur sa case en toquant légèrement, renversant son ennemi sans réfléchir. La dame succombe, arrachée de son habitat au quadrillage noir et blanc. Un léger sourire apparaît sur le visage de l'ombre dont la dame vient de se poser à coté du plateau de jeu, regardant fixement le fou qui vient de la tuer. Les coups s'ensuivent, de plus en plus espacés par le temps. Les pièces se regardent l'une l'autre, ne sachant pas laquelle allait mourir ensuite, mais sachant qu'elles finiraient toutes par y passer, lorsque le jeu se terminerait. Pourtant, aucune ne bouge. Que pourraient-elles faire, finalement?

- Le pion prend...

Le joueur s'arrête dans son élan. Les deux hommes se regardent, l'un ne comprenant pas plus que l'autre. Celui qui est censé jouer ce tour essaie tant bien que mal de détacher son pion du plateau. Sans succès, apparemment.

- Vous avez collé cette pièce? cracha-t-il soudainement à l'attention de son adversaire.
- Mais non, voyons! Qu'est-ce que cette plaisanterie?
- Pas moyen de jouer ce pion... Tant pis, le temps presse. Le cavalier prend...

Une fois encore, la pièce de bois demeure à sa position initiale.

- Mais enfin! C'est impossible! J'ai déplacé ce cavalier il y a à peine trois tours!
- Laissez-moi essayer...

Comme par magie, la pièce se remet à bouger. Mais à peine fut-elle déplacée d'un centimètre que celle-ci revint à sa position de départ.

- Mais!
- C'est impossible! C'est...
- Hum... Changeons de table, voulez-vous?
- Bonne idée...

Les deux faibles bougies s'éteignent quelques heures plus tard. Et ce n'est qu'à cet instant que quelque chose se produisit, lorsque plus personne n'était présent, lorsque plus personne ne pouvait empêcher leur dessein... Dans le noir absolu, quelques bruits retentissent. Les pièces glissent le long de leur plateau, seules, autonomes, sans but, sans stratégie.
Quelques instants seulement plus tard... Un second bruit retentit... Un bruit de bois qui se craque... Le roi blanc est tombé du plateau, puis de la table de jeu, poussé par ses propres compagnons...



XIV - Dans un monde...

11 Février 2012

Dans un monde où l'on prône la liberté, l'égalité et la fraternité, je ne vois que prison, différences et trahison. Dans un monde dont on dit que paix et sécurité règnent, je ne vois que guerres et criminalité. Dans un monde où la connaissance prime sur toute autre chose, je ne vois qu'abrutissements massifs des foules. Dans un monde où la recherche de la vérité est prioritaire, je ne vois que mensonges. Dans un monde où l'on renie toutes les religions, je ne vois que leurs impacts.
Dans ce monde où une guerre semble se préparer, je ne peux rester sans rien faire. Oui, c'est bien dans ce monde que nous vivons. Dans ce monde où la démocratie est un échec, une utopie. Dans ce monde où l'argent prime sur la vie. Dans ce monde où l'on tue si on vous en donne l'ordre. Dans ce monde où l'on oublie les erreurs du passé afin de mieux les commettre de nouveau, de nouvelles technologies aidant à les empirer avec une efficacité déconcertante. Dans ce monde, je ne vois que haine et violence, peur et insécurité, délation et souffrances, pleurs et cris. Cris de rage résonnant dans les maisons du peuple mais n'atteignant il me semble jamais leurs destinataires, les aristocrates de ce siècle, les détenteurs du pouvoir absolu, les marionnettistes de nos âmes et de nos ressources.
Dans ce monde où la guerre semble inévitable, je ne peux rester sans rien faire. Oui, c'est bien dans ce monde que nous vivons. Tous, sans exception. De l'orphelin au président, en passant par le fermier et le comptable. Où donc sont les valeurs qui sont nées du sacrifice de nos ancêtres? Où sont donc les beaux jours que voyaient ceux qui vivaient jadis dans le monde que nous détruisons chaque jour avec plus de rendement? Où sont donc les révolutionnaires? Où sont donc les anarchistes? Où donc est passée la jeunesse qui est censée rétablir l'ordre dans ce monde qui s'est terminé?
Dans ce monde où la guerre est à nos portes, je ne peux rester sans rien faire. Qui donc rendra les peuples libres? Qui les rendra égaux? Qui donc abaissera les montagnes et élèvera les vallées? Qui donc rétablira ce monde à son état d'origine? Qui donc permettra à ce monde de retrouver son éclat d'antan? Qui donc? Vous? Moi? Eux?
Dans ce monde où la guerre s'amorce, je ne peux rester sans rien faire. Resterez-vous indifférent lorsque vos biens seront confisqués sans raison valable? Resterez-vous les bras croisés lorsque votre vie privée sera dévoilée aux yeux de tous? Resterez-vous les bras croisés lorsque votre demeure sera saisie par les forces de l'ordre? Resterez-vous assis dans votre fauteuil lorsque l'on prendra de force votre famille? Regarderez-vous cette même famille, votre femme, vos enfants, se faire tuer d'une balle dans la tête? Oserez-vous penser à votre absence de réaction lorsque votre conscience vous aura dit: "Cela va trop loin... Il faut agir avant qu'il ne soit trop tard...". Mais lorsque le sang du trésor le plus précieux à vos yeux se répandra sur le sol comme preuve intangible de votre lâcheté, cela fera longtemps que vous aurez oublié votre conscience, préférant la "collective" dirigée par un groupe restreint de personnes haut placées. Lorsque vous comprendrez votre erreur, peut-être vous direz-vous en vous-même que tout ceci n'est qu'un cauchemar et que vous vous réveillerez lorsque le soleil se lèvera. Mais vous devez savoir une chose. L'instant qui suivra celui-ci, vous comprendrez également qu'une telle nuit ne s'éteint jamais.



XV - Condamné à perpétuité

11 Février 2012

Une maison. Lugubre, entourée d'obscurité, emplie d'une aura apeurée. Le tonnerre retentit dans des claquements puissants et effrayants. Seul, recouvert de pluie de la tête aux pieds, je m'avance, le regard plongé dans le vide, vers la porte d'entrée dont la vitre est en partie brisée. Un grésillement retentit derrière moi. Il se rapproche. Vite. Rapide. Fort. Il s'arrête. Je m'arrête, le coeur haletant, le crâne en feu. Il revient. Puissant. Je cours, vers la porte. Je m'y enferme à double tour. Il s'arrête. Coup de tonnerre. Je m'effondre sur le sol, le regard vidé de vie. Je m'écroule. Le bruit revient, harassant. Il s'arrête. Je me relève. L'obscurité accueille ma vue troublée par les larmes de peur. Le bruit! Je cours. Horrifiant. Je cours et m'aventure dans l'ombre. Des bruits tous aussi différents les uns que les autres retentissent loin de moi. Près de moi. Trop près! Je cours et trébuche rapidement. Le grésillement, ce raclement, ce métal qui me poursuit! Je me relève et m'engage dans l'escalier qui se sépare du mur le temps d'un éclair qui précède le tonnerre assourdissant. Des tambours. Une horloge, un métronome. Le raclement! Je cours, j'escalade, je survole les marches trois par trois. Je m'abandonne à mes peurs, à ces peurs que génèrent tous ces bruits... Une odeur. Du roussi... Du... Du sang... Aveugle sans éclairs, je marche en mettant un pas devant l'autre, ne prêtant pas attention à la texture gluante qui... Le raclement! Je cours et tombe une nouvelle fois. Mes mains s'embourbent dans la substance qui recouvre tout le sol de l'étage. Je les plaque contre mes oreilles afin de ne plus entendre ce raclement métallique qui déjà monte les escaliers et se rapproche de moi. Vidé de toute émotion sauf de la peur, je me relève et m'engouffre dans la trappe qui mène sans doute au grenier. Du gluant coule sur mon visage, le long de mes bras et dans le bas de mes jambes. Le métal raclant le sol se rapproche toujours plus de moi, tellement que j'ai l'impression de sentir sa pression sur ma poitrine, ma respiration se faisant toujours de plus en plus difficile. Coup de tonnerre. Je referme la trappe derrière moi et m'assieds sur le sol, au bord de la mort. Une lumière scintille dans le fond du grenier. Je m'en approche tandis que le métal frappe la trappe à répétitions et avec une violence croissante. De nombreux grouillants s'échappent à ma vue, lorsque je déblaie les caisses qui l'empêchent de voir cette lumière qui me semble salvatrice. Je me hâte: la trappe ne... Le bois vole en éclat. Je retire le dernier carton et attrape la lumière de mes mains. Je la regarde et, en son centre, vois dans un reflet une longue chaîne de métal m'enlacer et déchirer mon corps dans un dernier cri étouffé par un coup de tonnerre s'apparentant à un rire sadique et cynique... La lumière vole en éclat tandis que les ombres s'emparent de moi...

Un coup de tonnerre m'éveille en pleine nuit. D'un cri de frayeur intense, je me lève de mon lit. Des gouttes de sueur perlent sur mon front, autant que la rosée du matin qui recouvre les champs. Je reprends rapidement mes esprits après avoir compris que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve... Avant de me recoucher, je regarde rapidement l'heure. En face de mon réveil se trouve un miroir circulaire. Mon coeur commençant de nouveau à battre la chamade, j'incline le miroir de quelques degrés. Un raclement métallique résonne soudainement derrière moi. Une gigantesque chaîne de métal apparaît dans le miroir. Dans un cri, sans réfléchir, la peur ensevelissant mon corps dans une course effrénée, je passe par la fenêtre et cours dans la rue, sous la pluie, tandis qu'un énième coup de tonnerre retentit autour de moi, accompagné du raclement...



XVI - Calme de mort

11 Février 2012

Silence. Calme. Rien ne semble désirer troubler cette paix qui entoure notre demeure aux mille vitraux. Le soleil éclate sa lumière au travers de ces portes aux couleurs ternes mais vibrantes de dette bâtisse qui s'élève du milieu du champ de blé. Silence. Calme. Le vent agite tranquillement les céréales d'or qui suivent lentement leur danse lancinante et frémissante. Silence. Calme. Le ciel bleu demeure sans nuage, telle une coupe de verre posée par-dessus les horizons qui nous entourent. Silence. Calme. Pas un bruit. Pas un oiseau. Pas un criquet, pas un souffle, pas une respiration, pas même la mienne. Tremblements. Insensibles, impalpables. Je me regarde de l'extérieur, souffrir et pleurer sans larmes, crier et hurler sans blessures... Je me regarde... S'il suffit de mourir pour enfin vivre, alors je pourrai! En vain... Silence. Calme. Pas une présence. Silence. Calme. Je sors en courant de la chapelle aux vitraux, oubliant mes peurs et mes douleurs afin de m'échapper de cette prison au clocher immobile. Le soleil me brûle m'achève, meurtrissant mon coeur de sa puissante chaleur. Je tombe dans les tiges d'or, faible. La lumière l'aveugle et déchire mes yeux. Dans un dernier instant de lucidité, je regarde autour de moi: la mer dorée s'étend de part et d'autre des horizons, la chapelle n'est plus visible... Silence. Calme. Obscurité. Ténèbres. Mort.



XVII - Je t'aime

14 Février 2012

Je t'aime. Je ne sais comment l'exprimer autrement. Pourtant, je le dois. Mon coeur me le demande. Je ne peux le cacher plus longtemps, si du moins j'ai été capable de le cacher. Tu le savais, n'est-ce pas, que je t'aimais? Nous sommes si proches l'un de l'autre que tu as dû le voir, le remarquer, le sentir, comme on sent qu'un événement va se produire. Tu le savais... N'est-ce pas? Pourquoi fallait-il que tu sois si cruelle? Pourquoi fallait-il que mon coeur s'éprenne de toi, qui n'en as pas? Pourquoi fallait-il que mon âme s'accroche à la tienne avant de s'y noyer? Pourquoi fallait-il que ce soit toi? Toi... Il y en a tant, des filles meilleures que toi. Il y en a tant, des âmes plus pures que la tienne. Il y en a tant, des filles au coeur sensible... Mais le mien t'a choisi, toi. Pourquoi... Peux-tu me le dire? Peux-tu me l'expliquer? Pas même le sage et le plus savant des hommes n'en serait capable. Toi... Mon rêve et mon cauchemar. Toi, ma force et ma faiblesse. Toi... Oui, toi! Toi qui m'as fait tomber en me fixant du haut de la falaise de ton regard fier et vide. Toi qui as fait volte-face après m'avoir dévisagé en public. Toi qui as planté ton poignard dans mon dos alors que je t'admirais. Oui, c'est bien toi celle que l'on m'a attribuée, sans doute par mégarde. Oui, ce doit être une erreur qu'ils ont commise, là-haut. J'aimerais leur envoyer une lettre de réclamations: "Veuillez m'excuser pour le dérangement, mais il y a erreur sur la marchandise. J'avais commandé une femme douce et sensible, pas une hystérique lunatique.", mais je ne connais pas l'adresse. Ah, mais quelle tristesse, ne trouves-tu pas? Tu es un cadeau que je ne peux renvoyer. Un cadeau dont le ruban fut défait, à mon grand malheur. Heureusement, il n'est pas encore ouvert, je laisse ce plaisir pour le suivant. Ô, Soleil, je t'en prie, consumme cet amour que je refuse de vivre afin qu'un autre puisse s'éveiller! La fin est proche, je me mets à demander une faveur à un composé chimique en pleine réaction... Tristesse. Je ne peux même pas te faire lire ces lignes, de peur que tu ne m'en veuilles. Et tu aurais bien raison, vu que je m'en veux moi-même. Pourtant, j'aimerais tant que tu puisses me comprendre, que tu puisses comprendre ma détresse! Chaque jour, je te vois, chaque jour, je subis mille tortures, chaque jour, je te vois heureuse sans moi et malheureuse avec moi. Est-ce ma faute si Cupidon était saoul lorsqu'il a décoché sa flèche censée rendre heureux? La deuxième flèche qui t'était destinée m'a atteint, délivrant en mon esprit une seconde dose du secret que seul ce poivrot d'ange connaît. Du coup, toi, tu ne m'aimes pas et moi, je t'aime deux fois plus que ce que je devrais normalement t'aimer. Quel malheur. Existe-t'il un antidote? Dans cette société dont la science fait des miracles, est-il possible qu'un philtre "anti-amour" existe? Et je ne veux pas d'une solution définitive! J'aime l'Amour, mais ça ne semble pas réciproque, c'est bien ce qui est dommage. Oh là! Je m'écarte du chemin. Toi, oui, toi. Tu ne serais pas capable de détruire l'amour qui s'est emparé de moi? Par pur hasard, bien sûr. Je sais que tu en es capable, tu es la seule à en être capble... Détruire mon amour... Ne plus t'aimer... Non... S'il-te-plait... Pourquoi vivrais-je alors? A quoi bon avoir passé un an à tes côtés si c'est pour te perdre finalement? Même s'il ne nous reste qu'un mois, qu'une semaine, qu'un jour, ou qu'une seconde à être ensemble, je veux le vivre. Ne me laisse pas abandonner. Ne me laisse pas fuir. Retiens-moi, garde-moi, attrape ma main et serre-la contre ta peau, que j'en sente la chaleur, la douceur... Laisse-moi te prendre dans mes bras, laisse-moi pleurer pour ces jours et ces semaines que nous avons perdus, laisse-moi rattraper le temps dans sa course, laisse-moi espérer, ne serait-ce encore qu'une fois... Peu importe que tu sois hystérique, lunatique ou encore la pire des femmes, peu importe que notre amour n'était pas écrit, peu importe les conseils que l'on me donne à ton égard, peu importe que tu m'aimes ou non... Du moment que tu es là... Présente... Proche... Le Soleil ne saura pas brûler ma flamme, ce sera l'inverse qui se produira. Je me moque de ce que l'on pourra me dire lorsqu'une nouvelle fois, tu me rejetteras, je me moque de la froideur de tes propos et de tes gestes, ceux-ci ne viendront pas à bout de l'incendie qui ronge mon intérieur depuis plus d'un an. Tu seras méchante, je serai gentil. Tu seras énervée, je serai calme. Tu seras abattue, je te relèverai. Mais, si cela est possible, laisse-moi une chance... Je suis capable de tout pour toi! Je franchirai monts, mers, vallées et montagnes pour sentir ton parfum, je détruirai armées, nations et mondes si cela peut nous permettre d'échanger un regard, je parcourrai toutes les grottes, toutes les îles, chaque maison, chaque dune pour apercevoir ta silhouette et j'irai même jusqu'à déposer la plume pour te rejoindre! Et l'on viendra me dire que "je pense t'aimer"! Je ne peux les blâmer, j'y ai cru aussi. J'ai même cru durant tout un temps que je ne t'aimais plus. Mais il suffisait d'un regard entre toi et un autre pour que mon sang bouillonne de fureur. Souffrances, tortures auxquelles je ne peux mettre fin de moi-même, on ne me donne d'autre choix que celui de subir, subir et subir encore la douleur de t'avoir près de moi sans pouvoir te prendre dans mes bras, sans pouvoir effleurer ta main, ne pouvant que humer la douceur de ton parfum. Oui... Malgré tout, je dois bien me rendre à l'évidence... Je t'aime.



XVIII - Cristal Effrité

26 Février 2012

Te revoilà, cristal brillant. Te revoilà, la première à m'avoir fait tomber. Cela fait longtemps que je n'avais vu ton ombre se profiler devant la mienne. Tu as changé, je pense. Oui. Tu es différente. Pourtant, ton visage est le même. Ton corps est le même. Ta voix est la même, ta passion pour la musique demeure intacte. Ce n'est pas tout ceci qui a changé. Je ne saurais dire ce qui diffère depuis notre dernière rencontre. Non, je ne saurais le dire... Peut-être ton sourire? Plus présent, plus radieux. Peut-être ta présence, moins oppressante. Non... Je ne saurais le dire...
Cristal qui m'était autrefois si précieux, qu'est-ce qui m'a permis de t'oublier? J'aimerais le savoir afin d'oublier le diamant qui aujourd'hui m'obsède jours et nuits. J'aimerais... Peux-tu me le dire, toi?
Cristal... Qu'es-tu devenue? Tu es là, devant moi, tranquille et apaisée, souriante. Cela fait déjà plusieurs années que nous avons écrit puis effacé une page en commun. Le Temps... Le Temps passe trop vite, bien trop vite...
Cristal... J'aimerais... Non, j'implore ton aide. Aide-moi, qu'enfin je puisse retrouver cette paix que tu sembles posséder. Dis-moi comment tu peux arborer un sourire des plus radieux, dis-moi comment tu peux demeurer dans la sérénité, dis-moi... Dis-moi...
Cristal... Qu'es-tu devenue? Un joyaux des plus enviables, une pierre des plus précieuses. Et pourtant... J'ai l'impression de voir en ton coeur quelque cicatrice qui par deux fois s'est remise à saigner. Par deux fois, tu as failli sombrer, mais il n'en fut jamais le cas! Comment fais-tu, Cristal? Comment fais-tu...



XIX - Pour enfin oublier

18 Mars 2012

Qu'il est compliqué et douloureux d'essayer de contrôler son propre coeur. Quelles peines n'ai-je pas déjà ressenties en t'entendant parler d'un autre? Toutes ces heures perdues dans le sablier de mes pensées... Toutes ces secondes perdues que j'aurais pu mettre à profit pour tenter de te récupérer! Je n'en fis rien... Encore une fois, je suis tombé. Encore une fois, je me relève... Mais la course devient trop haletante, trop épuisante, exténuante. Je me suis tant de fois arrêté, décidé à ne pas finir cette épreuve. Mais tant que tu es là, me chantant jours et nuits, je ne peux que me laisser aller futilement vers une ligne d'arrivée inexistante. Mon coeur se brise chaque seconde un peu plus lorsque tu n'es pas près de moi, et il se fracasse lorsque tu es à mes côtés. Désormais inaccessible, je ne peux que te regarder de loin, comme je l'ai toujours fait depuis ma tour où je me terre lâchement, n'osant en sortir de peur de te perdre. Ce n'est ni mon devoir ni même mon droit d'ainsi veiller sur toi en secret. Néanmoins, je ne peux m'en empêcher...
Pardonne mes inquiétudes, pardonne mes questions! Pardonne-moi...
Tu m'es un poison mortel! Tu m'es dangereuse! Si donc c'est cela l'Amour, alors, je ne veux pas le connaître! Mais non... Cette perle ne peut pas être aussi terne. Non...Ce doit être autre chose, de bien plus brillant! Je le cherche, mais je ne le trouve pas... J'ai pourtant l'impression de l'avoir effleuré plusieurs fois, mais il s'est toujours évanoui l'instant d'après. Quelle tristesse! Désespoir, va-t-en de moi! Laissez-moi être heureux, ne serait-ce qu'une dernière fois, que je puisse me souvenir du goût qu'a l'Amour! Oui... Je veux y goûter... Cela semble tellement étrange...
La plupart des gens de mon âge y ont déjà goûté. Pas moi. Suis-je différent? Non. Pour moi, c'est noble. Mais j'ai tellement envie d'étreindre cette flamme, qu'enfin elle puisse réchauffer mon coeur! Je le veux... Cet Amour dont parlent les siècles et les millénaires... Cet Amour dont parle Dieu et les Hommes... Je le veux, cet Amour qui rapproche les âmes et les corps! Je le veux! Mais je ne l'ai pas... L'aurai-je un jour? Dites-moi! Je veux savoir! Un jour... Serai-je heureux? Existera-t-il une nuit où la solitude ne couvrira pas mes rêves de son triste voile? J'aimerais tant... J'aimerais tant le connaître! Enfin... Ne serait-ce qu'un instant! Le goûter... Pour enfin l'oublier...



XX - Pour enfin vivre

24 Mars 2012

Une note. De la lumière... La musique s'immisce dans mes souvenirs, les réveillant contre mon gré, créant de magnifiques éclats de peinture bariolées devant mon regard qui se fige inconsciemment. Une voix éveille mes sens, qui s'aiguisent et pourtant se ferment, me coupant du monde extérieur, me renfermant sur moi-même, me tuant de l'intérieur. Non! Je refuse. Je refuse de me laisser abattre! Heureux. Voilà ce que je dois être. Arrêter d'être égoïste, arrêter de penser à moi. Arrêter de ne penser qu'à ce que je ressens et enfin sourire face au bonheur des autres. Prendre enfin ce cristal qui m'est refusé et laisser les autres le saisir. Prenez le mien, je pense n'en avoir plus besoin! Prenez ce cristal maudit qui me poursuit jusque dans mes cauchemards et rêves. Laissez-moi vivre même si cela signifie de devoir le céder. Je ne peux de toute façon plus le porter seul. Que quelqu'un m'aide ou je lègue ce don empoisonné à ceux qui le cherchent. Je ne veux plus de cela. Effacez ma mémoire, laissez-moi être heureux sans ce poison qui dévore mes entrailles déjà bien trop abimées! Laissez-moi vivre... Laissez-moi... Laissez-moi! Laissez-moi!! Je veux vivre... Je veux pleurer... Je veux rire! Je veux enfin oublier... Enfin vivre, ne serait-ce que pour un instant me débarrasser de ce fardeau insupportable que je traîne malgré moi depuis si longtemps. Enfin me vider la tête et le coeur de cette atrocité sans nom! Je ne veux plus connaître cet amour. Non! Il m'a déjà fait trop souffrir. A quoi bon aimer si c'est pour ne pas l'être? Je ne vis pas dans le même monde. Je suis trop différent, trop "romantique". Qu'importe! Je suis ainsi. L'ère du romantisme est révolue? Qu'importe! Je suis moi. Je suis un romantique! Et personne ne me changera! Je ne peux me résoudre à supporter sans rien écrire mes sentiments et mes pensées! Ô que j'aimerais une nouvelle fois tomber amoureux, que j'aimerais à nouveau ressentir cette chaleur qui nous envahit! Que j'aimerais... Mais cela est désormais impossible. Pourquoi? Je me le demande. Sans doute car ma définition de l'Amour peut déranger. Oui. Je peux m'accrocher facilement. Mais me décrocher est de l'ordre de l'impossible. Lorsque j'aime, ce n'est pas pour un temps. C'est pour la vie. Comment peut-on dire que l'on aime quelqu'un si l'on n'envisage pas le fait que l'on est censés rester ensemble toute notre vie? La société semble tellement différente de ce que l'on m'a enseigné et de ce que j'ai cru apprendre! J'aimerais tant être de ceux qui se moquent de l'Amour et ne le respectent pas! J'aimerais tant être libre de tout ceci! Mais ce n'est pas envisageable. Si je m'abaisse à leur niveau, je ne serais plus moi. Je ne serais alors qu'un assemblage de chair et d'os inconscient. Non... Nous sommes des êtres illuminés! Tant de gens se contentent de si peu. Mais peut-être est-ce aussi car je place l'Amour trop haut que je n'arrive pas à l'atteindre... Et puis... Le temps est contre moi... Je ne vivrai sans doute pas très vieux, d'après les coups que me donnent mon coeur et ma tête. Toutes ces douleurs physiques s'accompagnent malheureusement de douleurs morales importantes. Que j'aimerais être de ceux qui sont en bonne santé tout le temps! Que j'aimerais être de ceux qui savent cacher leurs émotions! Que j'aimerais... Ô oui... Enfin être libéré de ces chaînes horribles... Enfin ne plus être soumis à mes souvenirs! Enfin... Enfin vivre... Pour enfin pouvoir mourir...



XXI - Appel inespéré

24 Mars 2012

Toutes ces douleurs que tant de gens arrivent à ignorer m'écorchent à vif et mettent mon coeur à l'air. La moindre poussière s'y déposant le fait sursauter une fois de trop, risquant de me tuer. Je ne peux plus supporter ça! Tant de fois j'ai souffert en silence. Tant de fois je me suis tu dans le bien de tous. Tant de fois j'ai dû contrôler ma rage, tant de fois j'ai désiré mourir... Et pourtant... Et pourtant...
Je suis encore là aujourd'hui... Je n'ai encore que dix-huit ans! Jeunesse! Tu parles... L'adolescence est la pire des périodes, surtout lorsque l'on a sauté l'étape "enfance"! Quelle tristesse, n'est-ce pas? Personne ne peut me comprendre. Suis-je seul à souffrir de la sorte? Suis-je seul à être aussi renfermé? Ce monde est gangrené par la haine et la violence tandis que moi, je cherche l'Amour! Tout le monde le cherche, non? Tant de gens le trouvent... Pas moi. Oui, je suis jeune! Mais cela ne change rien... Que l'on aie quinze ou cinquante ans, l'Amour reste ce sentiment, cette émotion, que chacun recherche désespérément et qui ne se présente que par hasard. Hasard, je te hais! Jamais tu ne fut mon allié, traître! Je veux rencontrer cet amour qui semble si important dans ce monde! J'en ai assez d'attendre! Mais le forcer ne fera que le détruire dans l'oeuf. Tant de tristesse... Tant de peine, tant de douleurs, un goût acre s'étend sur mon âme que je sens changer de couleur bien trop rapidement... Non... Non... Non! Je ne veux pas me perdre... Je ne veux pas mourir! Je veux vivre! Vivre enfin... Au secours... Mes amis... Où êtes-vous... Où êtes-vous... Où es-tu...



XXII - Sourire forcé

30 Mars 2012

Une fleur lentement s'épanouit devant mes yeux émerveillés. Je la regardais inconsciemment depuis déjà quelques temps, sans me rendre compte qu'elle m'ensorcelait de ses couleurs bariolées et uniques. Déjà, la voilà qui s'en va. Trop vite... Mais elle se tourne vers moi. Elle ne me quitte pas. Mon esprit se fige: je comprends finalement. Elle me demande des conseils concernant les décisions qu'elle doit prendre au sujet de la flamme qui la fait vibrer... Mais ce n'est pas de moi qu'elle parle. Je suis de ceux qui regardent s'évanouir les fleurs sans tenter de les saisir de leurs mains et qui sourient en la voyant s'en aller loin d'eux... Je devrais pourtant courir vers elle avant qu'elle ne soit hors de portée, je ne devrais jamais arrêter cette course initiée lorsque j'ai appris à la connaitre, je ne le peux pas! Pourtant, voilà bien ce que je fais... Voilà que maintenant, il est trop tard. Avec un autre, elle semble encore plus belle, encore plus ravissante. Mais moi, je demeure seul, égoïste et pourtant si généreux. Je ne demande qu'à offrir cet amour qui fleurit en moi contre mon gré, je ne demande qu'à partager ce sentiment qui me consumme, afin de vivre, de vivre enfin en paix. Enfin dans la paix... Dans la lumière... Dans cette lumière que l'on me refuse quotidiennement, inlassablement, avec toujours ce même sourire que celui que j'arbore à la place des larmes bouillonantes qui émergent de mon coeur transpercé d'une brûlante braise.



XXIII - Ignorance

30 Mars 2012

Je ne suis qu'un ignorant.
Ignorant amoureux.
Amoureux d'un amour impossible.
Impossible à souhait!
Souhait de partage...
Partage refusé.
Refusé car dangereux?
Dangereux car venant de moi.
Moi, cette étrange créature.
Créature autant maléfique que divine.
Divine? Je n'en suis qu'à moitié sûr...
Sûr de rien, comme toujours.
Toujours seul,
Seul un jour,
Un jour et une nuit,
Une nuit d'amour,
D'amour impossible.
Impossible à souhait...



XXVI - Quelle tristesse

30 Mars 2012

Quelle tristesse...

Quelle tristesse de tourner une page pour aussitôt en écrire une nouvelle sans prendre la peine d'y réfléchir!
Quelle tristesse d'écrire ainsi mon histoire sans y mettre de ponctuation, qui la rendrait si belle, si exceptionnelle...
Quelle tristesse de ne pouvoir m'arrêter un instant pour penser aux conséquences des sentiments que je fais éclore dans mon coeur brûlant.
Quelle tristesse d'ainsi me perdre dans ce labyrinthe que j'ai moi-même construit et dont l'unique sortie mène inexorablement vers mon tombeau.
Quelle tristesse de ne plus avoir de voix pour pouvoir crier à l'aide!
Quelle tristesse de m'être moi-même enterré, quelle tristesse!

Mais aussi quelle joie...

Quelle joie d'être ne serait-ce qu'encore en vie!
Quelle joie de pouvoir contempler ces sourires qui me font vivre bien qu'ils ne soient ni miens ni qu'ils ne me soient adressés.
Quelle joie de pouvoir vivre sous les ailes du Créateur, bien que je ressente encore le froid transperçant de la nuit et de ses sujets.
Quelle joie de pouvoir vivre en ce monde bien qu'il se soit déjà terminé!
Quelle joie de pouvoir vivre parmi ces sans-âmes, tandis que l'on me dit que j'en ai une!
Quelle joie de pouvoir... Vivre...
Quelle joie...
D'un jour savoir que je pourrai enfin mourir...



XXV - Sombre lâcheté

30 Mars 2012

Lâche. Un lâche, voilà ce que je suis. Je souffre. Je souffre de ne pouvoir partager ces sentiments que je nourris. Je souffre. Je souffre de ne pas être compris. De ne pas être écouté. Je souffre...
Un erre, voilà bien ce que je suis. J'ai fui mes responsabilités, j'ai fui les émotions que je désirais tant vivre un jour! J'ai fui... Et maintenant, j'erre dans le labyrinthe de mon âme, tentant d'atteindre la sortie de mon coeur, cherchant sans cesse une étoile sur le plafond obscur qui recouvre mon esprit. Aucun son, aucune couleur, aucune chaleur, aucune présence, si ce n'est celui de mon reflet lorsque je passe à côté des miroirs de son âme...
Oui, elle me regarde! Je la regarde. Ses yeux sont bien le reflet de son âme, n'est-ce pas? Et pourtant, je n'y vois rien. Je n'y vois que mon reflet, déformé, âbimé par ma fuite... Qu'ais-je donc fait? Qu'ais-je fait...
J'aimerais tant en pleurer! Vider cet océan qui s'est accumulé en moi et qui inonde mes nuits d'horribles souffrances. J'aimerais tant pleurer... Me vider... Me purifier de tous ces souvenirs passés et de tous ces rêves que je ne vivrai jamais...
Maintenant que j'ai quitté tous ces instants où je pensais être heureux, le serai-je à nouveau? Un jour? Une nuit? J'aimerais tant à nouveau me consummer... Pour enfin être détruit. Pour enfin pouvoir me reconstruire.



XXVI - Irrésistible incendie

14 Août 2012

Rouge. Orange, parfois jaune. Chaud, réconfortant, souvent destructeur. Voilà quelques semaines que je le combats jour après jour. Le feu. L'un des premiers éléments que l'Homme voulu maitriser, avec la terre et l'eau. Puis, vint l'air et l'électricité, et même la vie. Mais, s'il y a bien une chose que j'ai apprise pendant ces premiers jours dans cette caserne de pompiers, parmi les nombreuses instructions spécifiques à chaque supérieur ou encore les différentes règles qui ne s'appliquent qu'aux nouvelles recrues, c'est que l'Homme ne peut rien maitriser. C'est ce que nous prétendons, pourtant, de par notre immense connaissance du monde qui nous entoure: agriculture, aviation, réseau électrique, eau courante, matériaux ignifuges, et j'en passe. Certes, lorsque certaines conditions sont réunies, nous pouvons au moins réduire les effets du "hasard", et c'est en grande partie mon job: repousser les incendies et les éteindre tout en sécurisant les civils impliqués.
Je dois dire que j'ai toujours été attiré par le feu: séduisant, comfortable, chaud, il semble venir d'un autre monde. Lorsque j'étais plus jeune - eh oui, j'approche de la trentaine! - je pensais que le feu était un animal et que si on l'approchait trop, qu'il allait nous mordre. Du moins, c'est tout ce que mes parents avaient trouvé pour m'empêcher de mettre ma main sur la cuisinière au gaz lorsque celle-ci dévoilait ses sublimes flammes bleutées. Ce n'est que plus tard que la magie s'estompa - disons plutôt "se brisa" -, lorsque j'appris en cours de chimie ce qu'était vraiment le feu: de l'énergie. Évidemment, ce n'est pas à 16 ans que j'ai compris que le feu ne mordait pas, mais j'avais toujours cette impression, ce sentiment, que le feu était irréel, inssaisissable, voire onirique. Je ne suis pas devenu pyromane pour autant! Au contraire, je ne savais que trop bien le danger du feu... Lors de mes onze ans, mon grand-père rejoignit le ciel par la porte de l'enfer: un incendie s'est déclaré dans sa cuisine pendant la nuit. Il s'est réveillé en entendant les puissants crépitements qui rongeaient sa maison, mais les fumées l'ont étouffé... Inconscient, il était déjà trop tard lorsque les pompiers débarquèrent dans l'étroite rue où habitait celui chez qui je jouais chaque mercredi après-midi. À onze ans, on ne comprend pas forcément immédiatement ce qu'il s'est passé. Mais croyez-moi si vous le voulez, c'est quand j'ai vu ma mère s'avancer vers moi, effondrée, les joues devenues rivières d'incompréhension, et me disant quelque euphémisme enfantin, que j'ai pris la décision d'empêcher de tels accidents de se reproduire, aussi longtemps que mon corps et mon esprit me le permettront.
Oui, le feu est attirant, hypnotique, mais il est également instable et il est impossible à l'Homme de parfaitement le maitriser, malgré les milliers et les milliers d'années qui nous ont été données.
Aujourd'hui, je suis marié, j'ai un garçon aussi brillant que sa mère et aussi têtu que son père - oui, je suis têtu. Je vis dans le Montana, un état bien tranquille: les gens sont sympas, la nourriture est excellente, le soleil n'aime pas trop jouer à cache-cache, et il y a beaucoup de végétation, ce qui est excellent pour la santé, moins pour les incendies. Eh oui, lorsqu'un incendie éclate, la zone doit immédiatement être dégagée: les buissons et les arbres peuvent très facilement prendre feu et "transmettre" l'incendie au voisinage, nous faisant ainsi perdre tout contrôle de la situation, et les dégâts, autant matériel qu'humain, seraient plus que considérables... Assis sur le sol, je contemple l'impressionnante ampoule rouge, prêt à agir dès que celle-ci s'allumera. Un de mes collègues passe furtivement à côté de moi, s'habituant peu à peu à ma détermination: sauver autant de vies que possible. Certains sont contre mon zèle, mais mes supérieurs n'ont encore rien trouvé contre moi. "L'excès de zèle n'est pas bénéfique, expliquent-ils. Mais tant que ça ne met personne en danger, ça ne nous dérange pas.". Ils ont raison. Mais si je vois un civil entouré de flammes, je n'hésiterai pas une seconde, même si je dois désobéir aux ordres.
La sirène retentit. Immédiatement, je cours vers la barre et m'y laisse glisser, atteignant en quelques secondes l'étage inférieur. J'enfile ma combinaison et entre dans le long véhicule rouge, prêt au combat. Nous démarrons aussitôt, sirènes hurlantes, et nous engouffrons dans la rue après un violent coup de volant. La fumée parait déjà derrière les hauts arbres: l'incendie n'est pas loin. Nous nous arrêtons en face de la maison en feu et quittons le véhicule en toute vitesse et préparons aussitôt les tuyaux. La maison fait deux étages et est entourée de sapins, qui peuvent s'enflammer à tout moment. Pour prévenir cela, nous les aspergeons préventivement tandis que je déploie la grande échelle. Une fois déployée, je rejoins mon coéquipier: quelqu'un serait bloqué à l'intérieur du bâtiment. John, mon coéquipier, enfonce la porte d'entrée et s'engouffre dans le brasier. Je le suis de près. Les flammes rongent tout ce qu'elles trouvent, flamboyantes, effrayantes, mortelles... L'oxygène est rare, voire insuffisant.
Un cri. Similaire à un rire nerveux. J'accours dans sa direction et enfonce la porte qui me barre la route avec ma hache, ne prêtant aucune attention aux ordres de mon coéquipier. La porte cède et dévoile une pièce dont l'identité est désormais indécelable, entièrement dévastée par les hautes flammes. Là, un homme s'effondre sur le sol, sans doute inconscient. Je cours vers lui au travers du rideau de flammes, le prends sur mon dos et ressors de la pièce, puis de la maison en appelant les médecins. Je le dépose sur le sol. À peine quelques secondes plus tard, avant même que les médecins n'arrivent près de lui, l'homme se réveille et se relève, ne montrant aucun signe de faiblesse. Je lui demande si tout va bien, s'il peut marcher. Il ne me répond que par un regard plein d'incompréhension... "Pourquoi?", me demanda-t-il naïvement. "Pourquoi m'avoir sauvé?"... Je ne réponds pas immédiatement, pensant avoir mal compris.

- Pourquoi m'avoir sauvé? répéta-t-il en contemplant avidement sa maison enflammée.
- Vous alliez mourir...
- Qui êtes-vous pour décider de la vie ou de la mort de quelqu'un?! s'écria-t-il en se retournant vers moi tout en se rapprochant du palier.
- Je ne pouvais pas vous laisser mourir!
- Et pourquoi? Qu'est-ce que cela allait changer? Je n'ai plus de famille, je n'ai plus de bien, je n'ai plus rien! A quoi bon vivre?!
- Mourir n'aurait rien arrangé!
- J'aurais enfin été tranquille...
- Ce n'est pas la solution. C'est lâche. Vous alliez abandonner le monde auquel vous appartenez juste parce qu'il ne vous plait pas?

A ces mots, il se rue vers la porte enfoncée et entre dans la maison. Je remets mon casque et m'engouffre de nouveau dans le brasier, ignorant toute instruction contraire. L'état de la maison empire de seconde en seconde, malgré l'acharnement de mes collègues pour éteindre les foyers. L'homme est en face de moi, ignorant la douleur que la chaleur exerce sur sa peau, ignorant le non-sens de son acte, ignorant jusqu'à sa vie.

- Pourquoi voulez-vous me sauver?
- C'est ma mission.
- Votre mission...
- Je veux sauver un maximum de personnes.
- Êtes-vous une sorte de héro au zèle surdéveloppé?
- Non! Je veux juste vous sauver! Je ne veux plus voir quelqu'un se faire faucher par la mort.
- Et moi? Pourquoi moi? Je ne vaux rien!
- Vous êtes un humain! Comme moi, comme tous les autres! Vous devez vivre! Vous n'êtes en rien différent!
- Et ma famille?! Pourquoi? Pourquoi eux? N'est-ce pas une terrible injustice?
- Ils ne se sont pas réveillés à temps... Vous n'en pouvez rien...
- J'aurais pu réveiller ma femme et la sauver!
- Vous auriez pu, certes mais c'est terminé! Maintenant, venez avec moi, laissez-moi vous sauver!

Une poutre enflammée tombe entre lui et moi, le bâtiment devient instable.

- Je ne veux pas être sauvé! cria-t-il en s'effondrant sur le sol, affaibli par les fumées et l'insupportable chaleur. Je n'en peux plus... Laissez-moi mourir en paix!
- La paix n'est pas ce que vous obtiendrez!
- Allez sauver quelqu'un d'autre!
- C'est vous que je veux sauver!
- Partez! J'en ai assez! Laissez ces flammes me toucher et m'emporter!

Une seconde poutre l'empêche d'expirer...
Je sors en vitesse de la bâtisse, accueuilli par mes collègues...
A de nombreuses reprises maltraité pour n'avoir pas été capable de sauver cet homme, je continue mon travail, plus déterminé que jamais à sauver des vies...
Finalement, les Hommes ne peuvent absolument rien maitriser: ils ne se maitrisent même pas eux-mêmes...



XXVII - Aujourd'hui

8 Mai 2013

Aujourd'hui...
J'ai l'impression de disparaître.
J'ai l'envie de laisser mon corps et mon âme s'évanouir dans ce monde qui, sans relâche, me rejette.
J'ai le désir de laisser s'évader mes plus sombres pensées, mes rêves les plus noirs.
Aujourd'hui, j'aimerais stopper le temps, arrêter sa course, éteindre sa flamme mortelle qui de part n part dévore mon coeur et m'as raison !
Aujourd'hui, j'aimerais ne plus voir... Ne plus entendre, ne plus entendre, ne plus ressentir, ne plus vivre...
Aujourd'hui, j'aimerais mêler la vie au sang, j'aimerais mélanger la lumière et l'obscurité, j'aimerais ne plus sentir ces souffrances qui éteignent lentement mes espoirs.
Aujourd'hui, j'aimerais voir le soleil s'éteindre, la lune disparaître et les étoiles tomber sur nos terres. Voir le monde embrasé par une colère méritée, voir ces Hommes chercher refuge dans les montagnes, les observer, les épier, me délecter de leur peur, de leurs maux, de leur incompréhension face à l'inévitable.
Aujourd'hui, la fin du règne approche et le couronnement se prépare. Tout est prêt !
Quand le glas sonnera, tous se souviendront. Tous se retourneront. Tous crieront d'effroi, ne sachant que trop bien l'unique issue qui les attend.
Aujourd'hui... Soyez prêts. Laissez ce monde s'évanouir, laissez ces Hommes se perdre dans le labyrinthe qu'ils ont érigé, laissez-les y mourir, laissez-les... Laissez-les...
Car aujourd'hui vient le dernier jour...



XXVIII - Ange torturé

14 Mai 2013

Je ne sais pas.
Je ne sais plus.
J'avance, je recule.
Je recule? Je reste immobile.
Figé, glacé, prisonnier.
Dans cette tour de flammes,
Enlacé par leur chaleur
Qui lentement m'étouffe.
Je crie, j'hurle à en déchirer mon âme.
Seul. Seul dans l'abîme.
Seul dans ce monde esseulé.
Seul dans ce monde terminé.
Seul dans ce monde vidé de vie, d'intérêt et de sens.
Seul? Tellement seul...
Malgré moi, malgré eux, malgré tous.
Seul. Seul au fond, seul au fond de moi.
Perdu. Perdu dans cette boucle sans fin.
Perdu dans ce monde,
Monde dans lequel je ne suis qu'un visiteur,
Monde qui ne m'accepte pas,
Monde qui me rejette.
Monde qui rejette mon âme,
Monde qui rejette ma vie, mon passé, mon futur.
Monde qui voile mon bonheur et mes espoirs.
Qui suis-je? Un torturé dans une tour enflammée?
Un corps qui sans cesse se consume?
Une âme éthérée qui erre sans fin?
Suis-je? Un monde est-il mien?
Un monde attend-il mon arrivée?
Un monde attend-il mon retour?
Si je ne suis qu'un étranger,
Si je ne suis qu'un voyageur,
Quel est mon origine?
Quelle est ma destination?
Je ne sais pas.
Je ne sais plus.
J'avance, je recule.
Je reste immobile.
Perdu, harassé, dans cette tour.
Tour que je ne peux quitter.
Tour qui me retient.
Tour qui me détruit.
L'air qui brûle mes poumons,
Les chaînes qui coupent mes veines,
Le crépitement qui heurtent mes tympans,
Mon cœur qui se meurt.
Pourquoi continuer?
Pourquoi vivre?
A quoi bon?
Continuer pour souffrir encore,
Continuer pour mourir encore et encore,
Sans cesse, dans ce temps qui se répète,
Dans cette boucle éternelle qui n'offre aucun espoir,
Aucune rédemption, aucun remède.
Aucun soupir, aucune larme.
Juste de la souffrance.
De la haine.
Du dégoût.
Pourquoi continuer?
Pourquoi vivre?
A quoi bon?
Après tout, qu'ais-je à gagner, qu'ais-je à offrir?
Je ne suis qu'un torturé aux multiples cicatrices.
Je ne suis qu'un pauvre erre violenté.
Je ne suis... pas.
Je n'existe pas.
Si j'existais, quelqu'un s'inquiéterait!
Si j'existais, l'on me verrait!
Si j'existais, l'on me sauverait!
Si j'existais...
Si j'existais...
Si seulement j'existais...
Dans ce monde...
Dans cet univers...
Dans cette dimension...
Dans cette grande mascarade,
Dans cette blague,
Dans cette blague qu'est notre monde,
Cette imagination incroyable,
Ce rêve inespéré,
Ce désir oublié,
Cet écrin d'or et de cuir...
Ce monde...
Ce monde, dans lequel je ne suis pas.
Ce monde, duquel l'on dit que je viens.
Ce monde, déchu, perdu, terminé.
Terminé d'avance. Perdu d'avance.
A quoi bon...
Dans ce monde, gagner est impossible.
Dans ce monde, le bonheur n'est pas accessible.
Dans ce monde, l'espoir s'éteint,
L'amour s'épuise, les ténèbres se rassemblent,
Les flammes grandissent, la lumière s'évanouit.
Que puis-je y faire? Puis-je l'aider?
Puis-je aider ce monde?
Puis-je aider ce monde qui n'est le mien que d'habitation temporaire?
Le dois-je?
Le devrais-je?
Que puis-je...
Je ne suis rien.
Je ne suis pas.
Comment le pourrais-je?
Une quête.
Notre quête.
Pourquoi? Nous ne sommes pas mieux qu'eux...
Nous ne valons pas mieux que ces destructeurs...
Nous ne valons pas mieux que ces violeurs, ivrognes et meurtriers.
Nous ne valons rien!
Comment le pourrions-nous?
L'espoir? L'espoir est mort!
L'amour est aliéné, l'honneur a disparu, les désirs sont corrompus...
Comment pourrions-nous corriger cela? Comment?
Je suis enchaîné. Torturé. Par ce monde. Par ce même monde.
Ce monde que j'essaie d'aider,
Ce monde qui me dévore.
Ce monde dans lequel je vis malgré moi.
Ce monde qui m'enferme.
Ce monde qui me vampirise.
Ce monde qui m'affaiblit... Ce monde qui me tue.
Pourquoi? Pourquoi ce monde?
Tant d'autres existent! Pourquoi celui-ci?
Ce monde ne connait plus l'amour,
Ce monde a oublié ses règles!
Ce monde se croit si important,
Si puissant, si intelligent.
Ce monde pense tout connaitre,
Tout savoir, tout maîtriser.
Ce monde fou, ce monde illusionné...
Nous ne pouvons plus rien pour lui.
Il a abandonné tout espoir, il a rejeté toute rédemption.
Toute notre aide, il l'a refusée.
Que faire de plus?
Que faire de plus...
Ce monde est terminé...
Terminé d'avance...
Leur amour...
Leur amour est éteint. Leur amour est mort...

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L'amour jamais ne meurt...
L'amour jamais ne s'éteint. L'amour est éternel.
Ils pensent l'avoir oublié. Ils veulent l'oublier.
Mais regarde: malgré eux, ils s'entraident.
Malgré eux, la seule chose qu'ils cherchent,
La seule chose qui les motive réellement,
La seule chose qui les maintient en vie,
N'est-ce pas l'Amour?
L'amour est un feu qui jamais ne s'éteint.
L'amour consume. L'amour enlace.
L'amour n'abandonne pas.
L'amour ne brûle pas.
L'amour répare. L'amour fait vivre.
L'amour est la vie.
L'amour est tout. Tout est l'amour.
L'amour est le carburant de l'univers,
Il en est le cœur, Il en est la tête.
Aussi mauvais qu'ils sont, ils cherchent l'amour.
Aussi mauvais qu'ils sont, ils n'abandonnent pas.
Aussi mauvais qu'ils sont, ils placent l'amour au centre.
Aussi mauvais qu'ils sont, ils désirent un monde meilleur,
Un monde dans lequel l'amour serait la valeur primaire,
Un monde dans lequel l'amour pourrait s'épanouir.
Aussi mauvais qu'ils sont, ils continuent d'aimer.
Aussi mauvais qu'ils sont, ils aiment.
Ils aiment.
N'est-ce pas là le plus important?
Le fait d'aimer?



XXIX - Je me souviens encore...

1er Juin 2013

Je me souviens encore de ces champs isoles, perdus entre deux mondes. J'étais étendu sur la terre fraîchement retournée. Las, je contemplais le ciel et ses fins nuages qui, lentement, voguaient vers l'horizon. J'étais seul. Seul au-dessous de cette voûte qui m'observait de son grand oeil rassurant. Je n'avais pas fait grand chose, ce jour-là. Je n'avais labouré que peu de terre et pourtant, j'étais fatigué, exténué, épuisé. L'idée d'une sieste s'imposant rapidement à mon esprit, je n'eût que peu de mal à m'endormir sur le sol salissant mais surtout chaud et accueillant...
Lorsque je me suis réveillé, il faisait nuit. Le grand oeil d'or s'était fermé, laissant place à son jumeau, d'argent. Le léger souffle d'une brise suffit à me faire frissonner. La chaleur n'étant plus qu'un souvenir, je me levai rapidement afin de rejoindre la ferme. Je regarde autour de moi, cherchant le chemin malgré l'obscurité, sans succès. Je me retourne et scrute l'horizon : rien. De la terre à perte de vue. Labourée, qui plus est ! Au début, je pensais qu'il ne s'agissait simplement que d'une illusion de mon esprit encore embrumé. Mais non... J'avais beau regarder et regarder encore... Plus rien ne me semblait familier. Me mettant à courir, sans pour autant m'en rendre compte, je fonçais droit devant, espérant apercevoir la limite du terrain, quelques barbelés que je pourrais suivre, quelque panneau qui pourrait m'indiquer la route, quelque âme qui pourrait me venir en aide... Rien... Il n'y avait rien... Rien que du vide. De l'absence, absence de présence, absence de vie ! Tout semblait mort. La terre, desséchée, craquait à chaque pas. La lune, lointaine, semblait s'éteindre peu à peu. Et la nuit, déjà sombre, se remplissait lentement d'une encre des plus noires.
Je pouvais sentir mon coeur cogner dans ma poitrine et le sang hurler dans mes veines. Mon corps tout entier criait de douleur. Je m'arrêtai un instant, espérant me réveiller... Soudain, un murmure se fit entendre. Sourd et faible. Incroyablement faible, presque imperceptible, mais je l'avais pourtant entendu. Je regarde autour de moi, cherchant quelque chose, quelqu'un, en vain. Seul... Je suis toujours seul... Un autre murmure, moins étouffé que le précédent, prend le dessus sur le silence qui m'entoure.
"Jamais..."
Jamais? Effrayé, je recule, sans pour autant savoir d'où vient cette parole.
"Jamais tu ne l'auras... "
Je cours... Encore, toujours, je cours. De plus en plus vite, trébuchant, me relevant, criant et pleurant de douleur et de peur. La voix me poursuivait, de près, de loin, à ma droite et à ma gauche, derrière et devant moi. Elle était partout, elle était tout. Je ne pouvais lui échapper: le ciel se mélangeait à l'horizon en un infini uniforme et inaccessible.
"Jamais tu ne l'auras..." répétait sans cesse l'instrument du cauchemar.
Dans un cri de désespoir, sans doute mêlé de haine, je lui demandai pourquoi... Pourquoi moi...
Le murmure se tut soudainement, me laissant seul sur la terre craquelée, froide et coupante. Un souffle glacial se mit à parcourir mon échine courbée, se répandant tel un poison le long de mon corps faible et meurtri. Une encre noire, encore plus sombre que le sol et le ciel, tournoyait lentement autour de moi, caressant ma peau de ses bras éthérés. Sans force, je ne pouvais résister...
"Pourquoi... Pourquoi toi ?"
La voix était faible et s'articulait en des râles qui me semblaient aussi séduisant qu'effrayant.
"Tu n'es pas le seul, tous croisent mon chemin... "
De plus en plus faible mais de plus en plus proche, elle semblait s'approcher de mon visage, me permettant presque de sentir son souffle sur mes lèvres.
"Tous marchent sur ces terres..."
Un flash lumineux brûla la terre, qui se mit à briller tel du diamant, le temps d'une seconde qui me parut rassurante. Lorsque l'obscurité revint, ma tête se releva d'elle-même... Autour de moi, des hommes, des femmes et des enfants marchaient, lentement, le regard pointé vers le sol. Tous marchaient dans des directions différentes, il n'y en avait pas deux ensemble. Tous semblaient perdus... L'encre noire rodait toujours autour de moi, subtile mais envoûtante. Ses mains vaporeuses m'enveloppaient et, avant que je ne puisse m'en apercevoir, m'avaient fait prisonnier.
"Tu es l'un d'eux ! "
D'un coup sec, elle transperça mon corps d'une lame d'ombres...

Je n'ai jamais existé, comme ceux-là...



XXX - Ces mots

10 Juin 2013

Ce n’est qu’au bord de la falaise que l’on aperçoit les rochers tranchants qui nous menacent. Ce n’est que trop tard que l’on s’aperçoit du danger. Ce n’est que trop tard que l’on pense à ce que l’on devrait faire, à ce que l’on aurait dû faire, ou ne pas faire. Mais c’est déjà trop tard. Tomber sur ces couteaux effilés, s’y vider de son sang, y mourir, sans pouvoir inverser le temps. Voir le haut de la falaise, de là où l’on s’est laissé tomber, peut-être y tendre la main, espérant pouvoir s’y raccrocher. Cligner des yeux et laisser une larme couler, tandis que déjà la mer perd sa couleur et que le ciel s’assombrit. Trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour ne pas dire ces mots. Ces mots qui s’élancent et qui, indomptables, transpercent les cœurs et les âmes. Ces mots qui laissent entrevoir un espoir, ces mots qui laissent croire à un rêve dérisoire, ces mots qui tuent en offrant la vie, ces mots que l’on espère entendre mais que l’on ne fait que dire ! Ces flèches trempées dans le venin de la passion, ces dagues enduites du poison de la raison. Ces armes que l’on prenait pour bouclier mais qui nous achèvent malgré tout !

Ce sont ces mots-là qu’il vaudrait mieux ne jamais dire ! Ne jamais prononcer, murmurer ou penser ! Ces mots qui, dans le ciel, semblent invoquer le soleil, ne rameutent que les nuages et la tempête. Ces mots qui, dans nos rêves, sont comme des cristaux précieux, ne sont en fait que de vulgaires roches aiguisées. Ces mots que l’on croyait bienfaisants ne sont que les épines d’une ronce agressive et puissante. Une ronce qui grandit sans fin, n’ayant aucun obstacle à craindre et n’ayant pour objectifs que destruction et chaos. Une ronce venimeuse, une ronce subtile et agile, une ronce dangereuse de par les mots qu’elle emporte et qu’elle sème... Ce sont ces mots-là qu’il vaudrait mieux ne jamais égarer… Ne jamais perdre, ne jamais donner…

Ce n’est que trop tard que l’on se rend compte de cela… Lorsque les roches entaillent nos entrailles trahies et que le jour devient nuit… Lorsque la mer se teinte de rouge et que nos yeux se ferment... Lorsque le vent souffle une dernière fois sur nos lèvres… Et que notre cœur bat son dernier battement… C’est alors qu’on peut dire ces mots-là…

Je t’aime…



XXXI - Etreinte

9 Décembre 2012

Seul. Je suis seul, couché, sous les blancs draps de mon lit. Éparses, mes pensées sombrent dans de noirs souvenirs d'antan, de ce temps où, triste, je croyais être heureux.
Les minutes passent et, effilées, défilent mon passé ombrageux, orageux. Leur incessante et monotone mélodie me murmure des mots de mort et d'échec. Tant bien que mal, j'ignore ces paroles éthérées qui déterrent malgré moi mes pensées les plus voilées. Mais de ce voile qui recouvre ma vie s'écoule une longue rivière sans reflet ni flot, sombre et morte, figée par ce que l'on appelle Temps. Ce grand fleuve gelé semble s'écouler dans mes veines, y dispensant un poison incurable et indolore, mais pourtant plus mortel que la Mort elle-même. Tel un automate aux articulations rouillées, je me défais de l'étreinte nocturne et soulève mes draps, prêt à en finir avec ce voile et ce qui s'y trouve.

L'on me retient. Qu'est-ce? Je ne tourne pas la tête ni ne détourne mon regard. Un souffle chaud se répand sur mon dos, étonnant, rassurant, quelque peu effrayant car inattendu. De minces bras enserrent mon torse, fébriles, hésitants mais déterminés. Sans un mot, sans un bruit, sans un souffle, je me défais de ces liens...

- Ne pars pas! Cria-t'elle.

Je m'interromps, sans pour autant la regarder, ni même lui prêter la moindre attention. Ses bras, toujours accrochés à mon corps, semblent resserrer leur étreinte, et ses mains, froides, s'agrippent un peu plus à ma peau.

- Ne pars pas...

Je ne réponds pas et me lève, me libérant de son emprise. A peine suis-je debout qu'elle l'est également, prête à me retenir. Je m'arrête. Ses mains se promènent à nouveau sur mon torse et s'y attachent, telles des ronces. Je ne la retiens pas et me laisse envahir par sa volonté.

- Reste près de moi...

Atone, je demeure là, tel une statue, tandis que la peau de son corps se colle à la mienne. Elle m'enlace. Elle me séduit... Qui est-elle? Elle se laisse aller en arrière, m'entrainant avec elle jusque dans le lit. Je ne me retourne toujours pas, ne désirant pas voir son visage, craignant de l'affronter. Feignant le stoïcisme et l'insensibilité, je ne réagis pas à son contact, perdu dans mes pensées, perdu dans mon passé, perdu dans les ténèbres dont je ne sais m'extraire, vide, sans vie, mort, mort d'avance.

- Regarde-moi...

Je ne l'entends qu'à peine, faiblement, tel un murmure qui s'évanouit dans l'horizon. Son étreinte se veut plus forte, moins hésitante, tout son corps se colle au mien. Mes yeux se ferment dans un frisson de glace... L'une de ses mains remonte le long de mon échine, tendre et chaleureuse, et caresse mon cou avant de lentement tourner ma tête vers elle, vers son visage, vers ses yeux d'émeraude qui brillent froidement dans le silence de la nuit. Elle me regarde... Son âme entre dans la mienne et s'installe dans mon esprit, tandis que les mille lueurs qui m'hypnotisent s'emparent de mon coeur, le figeant dans une émotion qui me dévore d'une éternelle flamme.

- Embrasse-moi...

Je m'embrase et me meurs. J'agonise en un souffle revitalisant qui parcourt mon corps et contracte mon coeur. Le Temps se suspend, tout comme les ténèbres et les pensées qu'ils me soumettent. Le souffle de l'Ange se mélange au mien, rapides, incertains... Ses mains entourent mon corps telles des ailes de lumière, me protégeant de l'obscurité de l'âme meurtrie qui m'habite. La joie et la confusion se mélangent, tandis que mes bras se laissent porter par l'instant, enlaçant son corps, laissant mes mains agripper sa peau comme pour m'y retenir, comme un dernier refuge, comme un abri ultime que je ne désire quitter...

- Embrasse-moi...

Son regard fermé se referme, suppliant, ne laissant entrevoir que faiblement ses yeux de lumière, ces perles qui couronnent son visage presque impalpable, qui semble si loin, presque inaccessible. Pourtant, ma main lentement glisse et remonte le long de son corps et, déjà, atteint sa douce joue, puis passe derrière son cou, s'imiscant dans ses longs cheveux d'ébène...

Mon souffle se rapproche lentement du sien, irrésistiblement attiré vers elle... Son visage... Ses lèvres... Nos respirations, nos coeurs, nos émotions, nos sentiments se rencontrent, créant et libérant, en un goût de citron et de fraise, un éclat, une flamme, un incendie, une explosion de bonheur et de lumière. La chambre entière s'illumine sous cet instant inqualifiable, indéfinissable, unique, ou tout simplement beau... Les ombres s'effacent, les ténèbres s'évanouissent au profit de la clarté, de la beauté de cet instant qui semble infini, qui semble éternel et immortel, qui semble voler au-dessus du Temps et de son emprise, de cet instant qui me fait perdre prise sur la réalité, et qui m'emmène au-delà de ce que je connaissais ou croyais connaitre, au-delà des limites que mes peurs et mes appréhensions m'avaient placées, au-delà de moi, au-delà de ma nature... Au-delà de ma réalité...

Le Temps, lentement, reprend son cours, tandis que nos lèvres s'éloignent l'une de l'autre...

- Qui es-tu? Demandais-je...

Après un silence, elle s'approche de mon oreille et, dans un murmure...

- Un rêve...



XXXII - L'ombre de la neige

23 Juillet 2013

Je n'étais qu'ombre. Ombre froide, ombre humide. Ombre sans espérance ni souvenirs. Ombre sans voix pour appeler à l'aide, ombre sans main pour attraper quelque secours que l'on pourrait m'offrir...
Et pourtant... Il a suffit de si peu... Un sourire... Un mot... Une attention, un regard posé au travers d'une vitre. Oui, si peu. Mais pourtant tellement !
N'étant qu'ombre, je ne pouvais bouger de moi-même ! Je ne pouvais atteindre la main qui semblait s'approcher de moi, pleine de tendresse et d'innocence, mais pourtant si loin... Si loin... Je ne pouvais l'atteindre... La voyant déjà s'éloigner, dans un sursaut d'espoir, un cri s'extirpa de ma gorge blessée. Mais... Rien ne sorti... Aucun bruit, aucun son, aucun murmure ne se fit entendre... Perdant tout espoir, ma tête se baissa... Lourde et douloureuse... Bien vite, je repris ma vie d'esclave de la lumière, remuant sans cesse les souvenirs d'un espoir lointain... N'espérant plus en la vie, ni même en la mort, je n'étais plus qu'une ombre vide, une âme de passage, un être translucide qui s'effaçait lentement, un feu dont les dernières braises finissaient de briller...
Et pourtant...
Un sourire... Quelque mots... Oui, si peu... Mais tellement ! Ma tête lentement se relève, quelque peu méfiante et effrayée, certes, mais elle se relève. L'espoir renaît. Enfin... Je peux voir cette neige dont je désire être l'ombre...





XXXIII - Obscurité

26 Janvier 2017

Une lumière, un flash. Obscurité, silence. Vide. J'ouvre les yeux, mais rien ne me parvient. Le ciel, d'habitude si bleu, est remplacé par un dôme aussi sombre que n'est le sol. Aucune étoile, aucune ombre. Aucun espoir, rien auquel se raccrocher. Juste un horizon infiniment obscur.

Soudain, une main couleur feu apparaît devant moi, sans corps, s'approchant peu à peu. Elle de place sur mon torse et, tel un insecte, s'avance et parcourt mon corps. Après un rapide flash mêlant rouges et oranges, elle transperce mon torse telle une aiguille enflammée. Générant un nuage d'encre opaque là où mon sang devrait s'écouler. Puis, d'autres mains apparaissent. Et d'autres, et plus encore, brisant mon être, s'enfonçant dans mes os, broyant mon âme, brûlant ce qui me fait, ce qui me construit, ce qui me définit. Un cri s'échappe de ma poitrine, sans volume, sans fond, n'ayant pour destinataire que moi-même. Déchiqueté, brûlé vif, mon existence lentement s'efface dans l'abysse qu'est ce monde, observé par mon propre sang, mêlé d'encre et de ténèbres.

Soudain, un souffle. Une voix, une mélodie. Puis, une chaleur. Douce, apaisante. Une main, différente des autres, s'approche de l'ouragan qui sévit autour et au-dedans de moi, s'infiltrant à travers la corruption et les ténèbres qui m'entourent, telle une épée luminescente transperçant un épais bouclier. Les volutes d'obscurité tranchées l'une après l'autre comme l'on coupe à travers ronces, la lueur bienfaisante finit par m'atteindre...

Une lumière, un flash. Obscurité, silence.

Silence. Silence...

Silence.

Un son. Lointain. Puis, un second, et un troisième, plus fort, et encore un, toujours plus intense, plus proche, et... Enfin... Une voix. Effacée, tendre, provenant de l'abysse, du monde dans lequel je m'étais égaré. Un autre monde... Je regarde autour de moi: des lumières et des ombres, des couleurs et des formes. Où suis-je... ?

La voix, de nouveau. Je regarde autour de moi, tentant d'en découvrir la source, espérant l'entendre de nouveau. Silence. Seul le bruit de mes pas résonne, accompagné par mon souffle court. Silence. Je cours, tant bien que mal, vers cet amas de couleurs diffuses, qui me rappelle la douceur de cette mystérieuse voix... Mais aussitôt que je m'en approche, le phénomène se dissout, disparaissant dans l'éther telle une goutte de sang dans un océan de larmes.

Je crie.

Une voix me répond, faiblement. Je détourne mon regard et discerne une forme parmis d'autres, mais nouvelle, différente. Je m'en approche, d'abord lentement, puis accélérant... Un sourire, un espoir, soudainement se forme sur mon visage. Une lumière, plus forte et saturée que les autres, m'attend, ouvrant ses bras, m'invitant, m'accueillant. Je cours aussi vite que me le permet mon corps...

Une lumière, un flash. Obscurité, silence.

Je titube. Et tombe.

Un son, une mélodie, une voix. Lointaine. Douleur intense. Un cri tente de naitre, mais se fait étouffer par l'acre, épaisse atmosphère qui m'entoure et lentement me consume. Une mare de sang s'étend autour de moi... Je tends le bras, appelant à l'aide...

Une lumière, un flash. Obscurité, silence.

Ma force me quitte.

Un son, une mélodie, une voix. Un cri. Le mien. Étouffé. La mare de sang s'agrandit. Agonie. J'ouvre et relève les yeux, lentement.

Un sourire, caché dans l'ombre.

Une lumière, un flash. Obscurité, silence.

Obscurité.

Un son.

Obscurité.

Une mélodie.

Obscurité.

Une voix.

Obscurité...

Silence.






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