I - Etincelle

29 Mai 2011

Étincelle d’un instant illuminant la vie,
Tu ne te déclenches que sans préavis.
Illuminant même la nuit la plus noire,
Tu n’en restes pourtant pas moins faible et volatile.

Magnifiant des feuilles les bruissements éternels,
Et de tes feux les crépitements éphémères,
Malgré ta beauté percée d’une brûlante braise,
Tu n’en restes pourtant pas moins dangereuse.

Ô sombre âme des vies et épitaphe de la mort,
Toi qui des faibles sembles honteusement s’effrayer,
Toi qui se lasses bien trop vite de ce vrai bonheur,
Tu n’en restes pas moins unique et magnifique.



II - Inconscience de ce Siècle

29 Mai 2011

Les nuages s’amoncellent et s’avancent,
Par delà les frontières, par-delà les mers.
Leurs ombres glissent, ignorant les pays et les cœurs.
On les laisse progresser, réduisant l’enfance
À un frêle roseau, à une honteuse décadence.
Les peuples s’aveuglent et perdent leur conscience,
Leurs chênes et leurs fleurs tombent dans l’inconscience,
Détruisant ce qui les a plantés,
Fuyant la pluie qui les a nourri.
Ils regardent les nuages qui s’avancent, menaçants,
Ne se posant comme question que celle de leur passé
Qu’ils ont oubliés par lâcheté, par inconscience,
Pour leur plaisir éphémère, pour ces nectars
Qui dans leur bouche ne deviennent qu’amers.



III - Inutile Révolte

1er Juin 2011

À quoi bon se révolter enfin contre ceux-là?
Qui nous suivra dans cette démarche audacieuse?
Qui osera suivre de nos épées les éclats?
Personne n'est là pour combler cette rage délicieuse.

À quoi bon tenir fermes en ce que nous croyons?
Qui accompagnera ce noble mouvement?
Qui des champs et des villes dira "Nous y étions!
C'est nous qui avons rétabli chaque élément."?
Personne n'est là pour éteindre ces derniers sons.

À quoi bon risquer son âme pour gagner un rayon?
Qui voudra goûter de cet espoir ancestral?
Qui voudra d'avance recevoir l'extrême onction?
Personne n'est là pour le sacrifice national.

Un beau jour quelqu'un se lèvera de nouveau.
Emportant derrière lui pays et nations,
On le croira fait de feu, d'air, de terre et d'eau.
On écrira de sa vie les plus belles chansons.
Mais personne ne sera là, fixe, sous son drapeau.



IV - Lumière Etincelante

1er Juin 2011

Une lumière fendit le ciel recouvrant ce monde.
Elle était chaude. Et de sa longue traînée,
S'échappaient de fines étoiles de couleur blonde.
On pouvait voir en sa pointe une forme ombrée.

Je voulus garder sa lumière en mon regard,
Prolonger cet instant qui sembla infini,
Bien qu'aux yeux des autres j'eus l'air hagard.
Je ne pu qu'en cette présence croire, sombre nuit.

J'ai quitté mon royaume et je vis le rayon,
Il était, de bien loin, si limpide et si pur,
Que d'avance, j'aurais dû prêter mon attention
À ce danger qui lentement brisait mes murs.

La forme, qui dans le creux se tenait assise,
Se leva et m'ignora de toute sa beauté.
J'ai tenté de l'appeler, frôlant la crise,
De peur qu'avec elle je ne puisse vivre l'été.

Se retournant et me fixant de ses yeux vides,
Elle déploya ses ailes sous la lune cachée.
Désirant l'enlacer, telle une laide hydre,
Elle dévoila sa nature qu'elle gardait voilée.

Désirant fuir en voyant ses longues ailes noires,
Elle prit mon bras et m'enlaça des siens, diaphanes.
Sous son emprise, je ne pouvais plus rien voir.
Dès lors, mes amis ne furent pour moi que des ânes.

Au bout de plusieurs semaines de captivité,
Elle relacha sa volonté et je pus fuir.
Je suis rentré au royaume, priant mon comté
De cet amour qui rend sourd me garder caché.



V - Levez-vous

2 Juin 2011

Que de nos armes brillantes les voix résonnent,
Que de nos cris se brisent ces hautes et noires tours,
Que de notre chair naisse une nouvelle madone,
Et qu'enfin finissent tous ces sombres détours.

N'agissez que par vous-même, peuple affamé,
N'agissez que par passion, peuple éperdu,
N'agissez que pour vous et non les condamnés,
Afin que notre futur n'en soit pas perdu.

Levez les drapeaux aux couleurs de vos pays,
Levez vos têtes pures et vos poings menottés,
Levez les "non" propres et abaissez les "oui".
Aujourd'hui arrive votre futur passé.



VI - Sens

3 Juin 2011

Je vis cette brillante lumière d'or,
Je ne saurais pas dire sa provenance,
Je n'en connais pas de telle sous l'aurore,
Mais je sais que cette lumière fut une chance.

J'entendis cette longue note enjouée,
Je ne saurais déterminer sa nature,
Je n'en connais pas d'aussi bien prononcée,
Mais je sais que cette note-là fut pure.

Je sentis cette odeur qui m'est rassurante,
Je ne saurais pas vous dire d'où elle s'échappe,
Je n'en connais pas encore d'aussi élégante,
Mais je sais qu'elle m'entoura de sa fine cape.

Je ressentis cette douce chaleur m'envelopper,
Je ne saurais pas vous dire quelle est sa source,
Je n'en connais, joie, que ses prémices premiers,
Mais je sais que sa présence me ressource.

Je reconnu ce goût qui m'était inconnu,
Je ne saurais toujours pas vous le décrire,
Car à ce moment, mes amis, le Temps s'est tu.
Et je sais que je ne peux, hélas, qu'en écrire.

La lumière, brillante, s'en est allée loin.
La musique, enchanteresse, m'a quitté.
L'odeur, rassurante, n'est plus que loin de moi.
La chaleur, Ô si douce, s'est volatilisée.
Le goût, inconnu, n'est qu'un vague souvenir.

Amis, prenez garde à toutes ces émotions.
Ne vous laissez ni submerger ni contrôler,
Gardez toujours à l'esprit cette citation:
"Mieux vaut tard que jamais" et surtout, apprenez!



VII - Les Deux Mondes

3 Juin 2011

J'étais dans ce monde, perdu et isolé.
J'avançais, les yeux éteints et la tête pleine,
Ne souhaitant de l'horizon que le coucher.
J'errais aux côtés des rivières et des plaines.

Je relève le front, voyant une lueur
Qui au loin s'étend le long de la sombre ligne.
Je la fixe, le regard las malgré l'heure,
Je continue ma route, ignorant le signe.

Le chemin linéaire déjà se rétrécit,
Le retour n'est déjà qu'un choix improbable,
Car déjà je ne peux plus entendre les "Si",
Je continue cette route qui m'accable.

La lumière est toujours là, au bout du chemin,
M'attendant de ses deux longs rayons éclatants.
Elle semble impatiente, dans sa robe de lin.
Je souris à sa vue, plutôt cyniquement.

J'y suis enfin arrivé, malgré l'autre monde,
Celui qui tout de noir est vêtu, immonde.
Je suis dans celui qui est vêtu de sagesse,
Rempli d'amour, de bonheur et de gentillesse.

Enfin je vis dans ce monde qui est le mien,
Qui longtemps auparavant m'attendait, patient.
Ce monde n'est pas un faux. C'est aussi le tien.
Ce n'est ni un beau rêve ni une science.
Trouve ta lumière et elle le fera tien.



VIII - Le Linceul du Monde

4 Juin 2011

Je suis entouré d'un triste linceul sombre.
Il est marqué d'un symbole de couleur d'ambre.
Je ne peux encore voir que ses sales ombres,
Mais je peux déjà l'entendre, depuis ma chambre.

Je n'entends que les cris et les pleurs de douleurs,
Que les tristes appels des enfants enfermés
De ce monde qui s'enfonce sans ses couleurs,
Vers le vide infernal où l'on reste esseulé.

Pourquoi n'est-t-il retenu que par le chaos?
Pourquoi personne ne tente, enfin, de l'aider?
Rien ne le protègera, ni la terre ni l'eau.
Après la fin, seul le feu l'aura consumé.

Je ne peux qu'observer et attendre l'heure
A laquelle ce monde finira en flammes,
Où nous verrons enfin cette mortelle horreur
Et où tous succomberont, même les femmes.

J'observe et j'attends ce feu qui déjà s'allume.
Seuls ceux qui seront tout de feu constitués
Pourront, heureux, échapper à cette enclume.
Saches que le feu détruit le bois décomposé.
Toi qui es bois, deviens si léger qu'une plume
Et sois toi aussi protégé du courroucé.



IX - Les derniers Enfants

4 Juin 2011

Ils avancent, le sourire honnête aux lèvres,
Les yeux grands ouverts, ils jouent, heureux et contents.
Ils seront un jour notre bien fière relève.
Et pourtant, ils seront un jour contre le Temps.

Ces innocentes âmes que nous chérissons,
Un jour seront parmi les pires rebelles.
Ils seront insensibles aux belles chansons
Et leurs filles ne seront plus appelées "Belle!".

Car déjà les tendres racines pourrissent,
Et les fleurs, jadis si jolies et vivantes,
Ne sont désormais plus que crimes et vices.
Ces arbres taillés nous volent et nous hantent.

Leur sève n'est plus que sécheresse et mort.
Ils ne voient plus la lumière que cachent, mornes,
Les feuilles et les lianes, résultat de leur sort.
Ils ne sont que des monuments que rien n'orne.

La fin n'est pas encore là, mais elle approche.
Je ne souhaite qu'un avenir bien meilleur,
Pour vous, vos amis, vos enfants et vos proches.
Restez là, car il est inutile d'être ailleurs.

Quand le dernier moment enfin sera venu,
Et que tous les feux déjà se réveilleront,
N'oubliez pas que vous n'êtes pas inconnu
Et sachez qu'à nouveau les enfants joueront.



X - Papillons

5 Juin 2011

À quoi bon se révolter enfin contre ceux-là?
Avez-vous déjà attrapé un papillon?
S'est-il aussi envolé trop tôt sous la Lune?
Vous avanciez aussi, perdu, dans les sillons?
Cherchiez-vous les fleurs? Même s'il n'y en n'a qu'une?

Ais-je bien fait de chercher ces chaudes couleurs
Qui sous mes yeux paraissaient si bariolées?
Pourquoi se fanent-elles sous mes diverses lueurs?
Verrais-je à nouveau, après l'automne l'été?

Les papillons, brillantes étoiles de la vie,
S'envolent sans autre raison que cette peur
D'un jour baisser du château le lourd pont-levis
Et sur cette rivière, de rester en pleurs.

La nuit vient avec ses ombres reluisantes,
Je range mes filets et je m'apprête, las.
Malgré l'ensemble des éphémères couleurs,
Je me retire et déjà, rejoins les lilas.



XI - L'unique Essentiel

5 Juin 2011

Personne ne comprend-il donc l'unique essentiel?
Celui qui permet aux Hommes de vivre ici bas
Et aux Anges de protéger du mal le ciel,
Le seul qui peut décider des hauts et des bas?
Même ceux qui sont censés le connaître et le vivre
Ne savent pas même un millième du vital.
Ils ne lisent que la couverture du Livre
Et ne se contentent que du sentimental.
Ils osent proclamer ce qu'ils ne maitrisent
Qu'en surface et en apparence, lâches.
Ils maudissent et bénissent sans voir les brises
De celui qui ne veut qu'enlever leurs taches.
Ils ne sont qu'un vase brisé, sans belles fleurs,
Qu'un sombre château en ruines sans meurtrières,
Ils ne font qu'engendrer des plus faibles les pleurs
Et des plus forts les insensées colères.
Ils s'entêtent dans leur perception erronée
De l'Amour vrai, du Plan à suivre et du Bien.
Car si le dernier des maux n'est pas encore né,
Ce n'est que parce-que nous ne sommes que trop loin.



XII - La Graine Tombée

5 Juin 2011

Une graine tombée du sac d'un semeur
S'en va, virevoltant au gré du vent, vers un champ.
Elle tombe, par pur hasard, dans la bonne terre.
J'errais seul par là, avec aux lèvres un beau chant.
Je la vis s'enfoncer lentement dans le sol,
Apparemment heureuse d'être enfin utile.
Je n'avais alors que 10 ans, âge où l'on vole.
Âge innocent, âge où l'on est agile.
Je me suis faufilé par-delà les limites
Et je suis entré dans le champ, fixant le ciel.
Je cherchais l'endroit de mes yeux. "Vite!
Le fermier arrive! fis-je. Ah! C'est elle!"
Je me suis approché de la fine semence.
Chance, j'avais sur moi une bouteille d'eau.
Je l'ai vidée tout autour de la semence.
"Tiens! Je dois y aller! Profite de cette eau!"
Je suis donc reparti par les mêmes barrières,
Échappant de peu à la fourche du fermier.
Rentrant en retard, je fus puni par ma mère.
Et je ne pus plus sortir durant tout l'été.
Ce n'est que plus tard, bien plus tard, que je la vis.
Je marchais près des limites jadis fermées,
Demandant à ma belle femme son avis
Sur ce grand arbre qui le ciel veut toucher.



XIII - Les Peuples Endormis

6 Juin 2011

Ils ne peuvent qu'obéir à ces règles
Qu'ils ont eux-mêmes définies comme pures,
Défiant des valeurs les plus belles d'entre-elles.
Ils marchent, écrasant de leurs fruits les pelures.

Tous alignés, qu'ils soient respectés ou soumis,
Qu'ils frappent ou soient frappés, tous égaux en droit,
Qu'ils soient heureux en surface ou au fond salis,
Ils marchent, ignorant leurs frères et leur Roi.

Je peux les observer depuis ma fenêtre,
Je ne marche plus parmi eux, j'en suis sorti,
Je n'inclinerai ni mes vers ni mon être
Pour ces âmes qui me prennent pour un petit.

Le jour vient et le sablier se retourne:
Déjà les ombres paraissent et se pressent,
Car vient l'heure du zénith: je le vois de ma tour.
Ces ombres quitteront la foule en liesse
Qui marche seule vers son funeste détour.



XIV - Sombres Jeux

6 Juin 2011

Ils sont tous absorbés, ils sont tous énervés.
Tous relisent et se concentrent dans le calme,
S'avançant, immobiles, vers tout sauf l'été.
Ils s'apprêtent pour leur dernière palme.

Les feuilles sont rangées, les stylos rechargés,
Ils s'arment pour le combat de leur avenir.
Certains, voyant l'heure tardive, partent, stressés.
Déjà retentit des couloirs la sonnerie.

Ils entrent, chacun à leur tour: on les place.
"Un banc sur deux!" s'écria l'affreux corbeau noir.
Et ils obéissent, s'asseyant à leur place.
Elle continue: "N'écrivez qu'en bleu ou en noir!"

Tous s'affairent à leur bien sombre occupation:
Ils restituent tout ce qu'ils ont ingurgité,
Tandis que du haut de ses hauts et noirs talons,
La mégère, tout en les fixant, boit son thé.

La sueur perle sous les fausses apparences:
Ils ne montraient que le calme mais ont le stress.
Certains rongent leurs ongles telle une danse,
D'autres, de leurs mèches, font de fines tresses.

Le noir corbeau, ayant terminé son thé rouge,
Se faufile entre les bancs et les cartables.
Elle arrache une feuille et d'un bic rouge
Y dessine un zéro, posée sur sa table.

L'élève apeuré tente de se justifier:
Il dit: "Je n'ai rien fait! C'est lui qui me parlait!"
"Assez! Quittez cette classe!" dit-elle lassée.
Et déjà, il savait que contre elle il perdrait.

D'autres aussi furent éliminés du noir jeu.
Le corbeau semblait, cynique, s'en amuser.
L'heure tournait et déjà sonna le temps de jeu.
Ils tournent les feuilles et gardent les yeux plissés.

Ils sortent tous, soit rassurés soit déprimés.
Chacun s'en va, ignorant les pleurs de certains.
Ils retournent dans leur prison pour étudier
Et s'avancent, immobiles, vers tout sauf l'écrin.



XV - Décadence Humaine

6 Juin 2011

Je me promenais dans cette ville effacée
Pleine de désinvolture et de haine.
Je regardais depuis la rue le clocher
Qui, depuis quelques ans, a perdu sa Reine.

Je marchais sur la toute nouvelle place,
Regardant les fleurs et les nouvelles pierres.
Il passait dans la rue un vieux marchand de glaces
Ainsi qu'un vieil homme qui contemplait sa terre.

Là, j'ai croisé un groupe de jeunes enfants.
Ils avaient tous la même expression figée.
Je les ai salué tout aussi poliment
Que l'auraient fait deux bons amis dans un café.

L'un d'eux se retourna. Il doit avoir onze ans.
Il me regarda longuement de ses yeux noirs.
J'y vis la colère d'un guerrier de cent ans
Et les supplications d'un ange du grand soir.

Ses amis le fixaient, Ô mauvais conseillers.
Il détourna le regard et lança "Pourquoi?".
Ses amis répondirent: "Pourquoi t'arrêter?
Frappe-le et prends l'argent qu'a ce sale roi!"

Il me regardait de ses yeux d'ambre, vides.
Je dis: "Pourquoi donner de l'argent pour un jour?
J'aimerais tant vous offrir un monde limpide...".
Je les pris ensuite chez moi pendant le jour.

Je leur ai expliqué les règles du monde.
Pour ça, je leur ai lu le journal de la veille.
Avec ses attentats et ses meurtres immondes,
Ces gens qui uniquement sous l'argent s'éveillent.

Ils ont compris ce que je leur ai expliqué,
Avides de savoirs et de connaissances.
Je les laisse repartir chez eux, vers leurs cités.
En ces êtres encore naïfs, je garde confiance.

Je me promène dans cette ville effacée
Emplie de désinvolture et de cris.
Je croise, hasard, les jeunes que j'ai aidés.
Ils me volent mes biens, mon argent y compris.

Je les rattrape et leur demande: "Pourquoi?".
Le plus jeune, l'ange noir, s'avance vers moi:
"Maintenant que nous voyons, nous savons qui nous sommes!".
Je répondis alors: "Qui es-tu, petit homme?"

Il répondit simplement: "Un Humain.".



XVI - Géôlière de l'Esprit

6 Juin 2011

Depuis ma naissance, elle est à mes cotés,
Voulant, pour bien me protéger, tout tenter.
Même si je dis non, elle me met de côté.
Même si je supplie, elle veut m'enfermer.

Ce n'est que par pitié que je reste près d'elle,
Supportant toutes les tortures qu'elle m'impose.
Non. Ce n'est pas physique mais bien mortel.
J'attends chaque soir qu'enfin, calme, elle se pose.

La lourde prison dorée qu'elle m'a érigée
Possède, heureusement, une fenêtre:
Je vois le monde malgré ses vieilles idées.
Triste, je ne peux qu'y transposer mon être.

C'est dans ce monde-là que j'aimerais vivre
Et non dans celui créé par ma geôlière.
J'aimerais ne pas être derrière ces vitres,
Voir de mon lit les oiseaux, loin des feux les mers.

Pourquoi pense-t-elle donc tout savoir de moi?
Elle croit que les ombres ne sont guère réelles,
Que ce que je sais vrai n'est rien d'autre qu'un toit.
Et depuis ma haute tour, je ne vois qu'elle.

Ces ombres sont, pour moi, mon nécessaire abri
Et aussi l'herbe dans laquelle je peux rêver.
Mais la cruelle l'enflamme sous mes grands cris
Et me regarde, me criant: "C'en est assez!".

Depuis, elle a bouché l'unique fenêtre
Qui était mon Soleil et ma Lune,
Qui était l'unique miroir de mon être
Dans lequel je pouvais voir l'enfant que je suis.

La laide ricanait en voyant sur mes murs
Les textes qui n'aspiraient qu'à trouver l'aide
Dont j'ai besoin pour savoir si elle est mûre.
Est-elle en son intérieur aussi laide?

Même quand je chantonnais une musique,
Elle venait et détruisait mes quelques espoirs.
L'horreur, qui chaque jour une crise pique,
M'empêchait même de cette eau de vie boire.

Les mois passaient et les textes affluaient.
À la corbeille, je n'ai jamais dû les mettre.
De la cavité que, tout enfant, j’ébréchais,
Je fis passer une bien modeste lettre.

Le lendemain, quand enfin vint là lumière,
La méchante, elle, n'ouvrit point ma porte.
C'étaient mes amis qui, aidés par leurs mères,
M'apportaient une saveur de chaque sorte.

La porte est ouverte. Je respire enfin!
La geôlière, endormie par un poison,
Disparut de mon esprit à la toute fin.
Et durant ce temps... J'ai préservé ma Raison!



XVII - Les deux Furies

7 Juin 2011

Dans ce monde de verre, vivaient deux furies.
L'une était des terres du "Feu Asservi",
L'autre venait de la "Nation des Soupirs".
Toutes deux avaient le même but de vie.

L'une était toute d'orange vêtue,
L'autre s'habillait plutôt d'un rouge sanglant.
Ces furies étaient lunatiques et têtues,
Et n'hésitaient pas à bousculer les plus lents.

À première vue, on eût dit de jeunes fées.
Celle de feu possédait de si beaux cheveux
Qu'on disait d'elle que de l'écorce elle fut née.
De plus, on pouvait voir les terres dans ses yeux.

L'autre, celle dont on racontait les méfaits,
Pouvait changer la façon dont on la voyait
En adoptant un sourire vrai ou défait.
Il était rouge le drapeau qu'elle arborait.

Toutes les deux étaient agressives et viles,
Partout, on s'inclinait devant leurs colères,
Que l'on soit né dans les champs ou dans les villes,
Tout le monde savait qu'elles n'étaient qu'amères.

La première venait du ciel, d'une nuit d'hiver.
L'autre venait des sombres forêts enflammées.
Elles étaient mythiques et, tel un livre ouvert,
On pouvait y lire des émotions masquées.

Ils ne s'aimaient pas, ces anges du ciel tombés.
Elles passaient pourtant beaucoup de temps ensemble.
Elles se plantaient des dagues dans leur corps brisé
Que l'on voyait pleins d'épines sanglantes.

Mais à elles seules, elles pouvaient, certainement,
Détruire une ville, détruire leur monde.
Elles, qui furent harassées aussi longuement,
S'invitaient dans les rêves, telles des ondes.

On ne pouvait y échapper sans séquelles.
De leurs ailes, elles lançaient d'ardentes plumes
Qui souvent, heurtaient les pensées les plus belles.
Leurs coeurs embrasés étaient nés de l'enclume.

Mais quand bien même...
Ces furies étaient mes amies.



XVIII - Sombre Passé

8 Juin 2011

Il m'arrive parfois de penser au passé,
Celui où, aveugle, je croyais être heureux.
Je n'y ai, il me semble, pas vécu assez,
Dans cette boule à neige, dans ce sombre creux.

Me voyant, étonnamment mais correctement,
Gambadant dans ces champs dans lesquels les enfants,
En jouant, attrayants, grandissent, cet élan,
Qui s'étend dans mon cœur, incitant, s'allume.

Pourtant, malgré ce beau rire nostalgique,
Je sais combien cette période insensée
Ne me fut que malsaine et non magique,
Car, à cet instant, je croyais qu'elle était fée.

Maintenant, j'en ris. Elle aussi il me semble.
Je me dis que ces souvenirs, tout compte fait,
Ne sont pas à froisser sans raison ensemble:
Tout ce qui est fait ne doit pas être défait.



XIX - C'est un peu comme...

9 Juin 2011

C'est un peu comme le filet d'eau qui s'écoule,
Puissant mais léger et coûteux, de la douche:
Quand on veut tenter de le saisir de nos mains,
Il s'évanouit et perd de sa puissance.

C'est aussi comme le papillon plein de couleurs,
Beau mais volatile et imprévisible:
Quand on veut tenter de le saisir de nos mains,
Il s'envole et disparait de notre vue.

Ça ressemble également à la neige,
Pure mais bien trop fragile et éphémère:
Quand on veut tenter de le saisir de nos mains,
Il perd sa raison d'exister et, déjà, fond.

C'est aussi un peu comme une poussière,
Humble mais dérangeante quand excessive:
Quand on veut tenter de le saisir de nos mains,
Il s'enfuit et n'apparaît plus qu'à la lumière.

C'est aussi parfois comme un petit oiseau bleu,
Mignon et délicat mais parfois agaçant:
Quand on veut tenter de le saisir de nos mains,
Parfois, il se laisse faire et se met à chanter.



XX - Les Esclaves du Vent

11 Juin 2011

Elles dominent, élégantes, sur l'horizon,
S'élevant, pour certaines, jusqu'aux nuages.
Certaines filtrent de notre astre les rayons
Et attisent les foudres de nos faux-sages.

Je les trouve belles, ces grandes fleurs grises.
Elles poussent un peu partout, c'était l'un de mes voeux.
À mon plus grand plaisir, elles semblent éprises
Quand le vent ne leur caresse plus les cheveux.

J'aime les voir tourner depuis ma fenêtre:
Leur danse monotone semble éternelle
Jusqu'à ce qu'elles se taisent: ce sont des hêtres
Lorsque leur maître est allé voir d'autres belles.

Je m'approche d'elles quelques-fois, assez près
Que pour entendre leurs éternels murmures:
Elles désirent elles-aussi que nous soyons fin prêts
À sauver notre Terre et notre nature.



XXI - Les meurtres du Temps

12 Juin 2011

Je suis mort par sa faute, par sa volonté,
Elle m'a tué alors que je voulais l'aider,
Elle m'a laissé à terre, Hiver et Été:
Elle a toujours gardé vers moi son arc pointé.

Je ne lui ai rien fait de mauvais, n'est-ce pas?
Qu'aurais-je pu faire à ce nouveau monde
Que j'apprenais à connaître seul pas à pas?
Depuis le début, le noir tonnerre gronde.

Trahison? Non. Plutôt de l'incompréhension.
Méchanceté? Non. Plutôt un manque de tact.
Maintenant, je ferai beaucoup plus attention
À ce que l'horloge continue son tic-tac.

Le temps semble s'y arrêter brutalement.
C'est pour cela que l'on doit rester attentif:
Son cadran est si fragile... Prenez le temps
Afin de ne pas vous faire tuer sur le vif!



XXII - Monde Blessé

12 Juin 2011

Je ne reconnais plus ce grand monde blessé...
Toutes ces sombres âmes qui défilent seules...
Tous ces hauts buildings humains de verre et d'acier...
Est-ce le mien? Ils sont tous morts nos beaux filleuls...

Le petit Gavroche n'est plus. Hugo non plus.
Notre Dame est aveugle et disparait.
Les barricades, elles aussi, ne tiennent plus.
Des vitraux ne filtrent plus les sublimes rais.

Où est passé l'Espoir? Où est passé l'Honneur?
Ils acceptent tout et se laissent dominer.
Il ne reste du Temps passé que les heures,
Celles où, épris, nous ravagions, déterminés.

Ces belles heures ne sonnent plus désormais
Que comme le tourniquet des pestiférés.
Rien ne se passe sur les places, sur les quais.
Ils ont peur de quitter leur confort, prisonniers.

Tout leur a été méthodiquement soustrait:
Libre-Arbitre et Volonté de vivre,
Espoir et vision d'avenir. Je regardais:
Ils sont déjà tous perdus, mais surtout ivres.

Ivres de leur objectif soi-disant atteint,
Ils continuent à boire les rivières salées
Que donnent leurs maîtres à l'âme éteinte:
Ils sont heureux d'être asservis sous l'épée.

Ils préfèrent vivre en esclaves soumis
Plutôt que de se battre pour vivre enfin.
Je me bats et refuse des riches les mies,
Car déjà sonne le carillon de la fin!



XXIII - Le Printemps de l'Automne

19 Juin 2011

Le paysage défile rapidement.
Je ne vois plus les belles couleurs des arbres.
C'est le printemps, belle saison rassurante.
Pourtant, il réside dans l'air un goût âpre.

La fine pluie défile le long du verre,
Dessinant de belles lignes translucides.
Je regarde glisser ces gouttes sur le fer.
Tout cela ne laisse en moi qu'un grand creux vide.

Les nuages sont là, crachant sur la Terre
Leur affreux venin politique et social.
Il n'y en a que trop peu dans notre ère
Qui savent cette vérité dite "vénale".

Où sont les flammes de nos défunts ancêtres?
Où sont les feux qu'ont allumés nos grands-pères?
Qui donc les a laissé devenir nos maîtres?
Qui donc a fait des nobles espoirs un enfer?

Je suis heureux: je vois ces sombres nuages.
Cela signifie qu'ils sont encore éclairés.



XXVI - Ange Blanc

29 Juin 2011

J'ai l'impression de La voir s'approcher, noire.
Elle marche vers moi sans faire vibrer la terre.
Est-ce bien Elle? J'aimerais quitter ce couloir.
Je ne vois pas d'issues. J'ai besoin de cet Air.

Les portes sont, une nouvelle fois, masquées
Par la sombre lumière qu'Elle émet de là.
Qui est ce bel Ange que je croyais tombé?
J'en perds la raison. Comment suis-je arrivé là?

Je regrette tant ces anciens jours où, heureux,
Je croyais que nous l'étions. Ô naïveté,
Que me fais-tu subir là? Suis-je comme ceux
Qui des Écrits ne comprennent qu'un seul côté?

Elle voulut que je la déteste. Sombre jour.
Je n'en pouvais que le contraire. Sombres nuits.
Que de temps passé à vouloir pleurer sans détour!
Que de temps perdu à me dire, seul, "Et puis...?".

La dernière chose que je désire est d'oublier
Tous ces moments passés, tous ces instants perdus.
J'aimerais pouvoir tout cela recommencer!
J'aimerais tant enfin ne plus être éperdu!

Et puis... À quoi bon... Pourquoi encore espérer?
Que ferais-je si tout s'arrangeait maintenant?
Ce bel Ange blanc, je ne peux le mériter.
Je l'observe, assis sur le sol, et j'attends.



XXV - Bourgeons d'Artistes

10 Juillet 2011

Ces âmes s'agitent autour des beaux métiers.
Certaines utilisent leurs mains où leur voix,
D'autres se prélassent sous les arbres fruitiers.
Je les vois écrire de ce monde les lois.

Une peintre sûre redéfinit la beauté.
D'un coup de pinceau, elle engendre une émotion.
D'un regard vif, elle trace la réalité
Et de mes yeux, son tableau retient l'attention.

Un groupe se tient près des trois arbres, assis.
Ils mêlent art et passion sous les feuilles vertes.
De leurs instruments sortent de brefs sons précis.
Ils expriment le fait que leur âme est ouverte.

Quelques solitaires promènent leur plume:
Satiriques, romantiques ou classiques,
Tous sont penchés sur leur frêle et beige enclume,
Créant déjà de leur futur les musiques.

La nature regarde tous ces artistes:
Ce sont les bourgeons de la Terre de demain.
Les ombres des nuages sont déjà tristes:
Les Hommes se serreront encore la main.



XXVI - L'Eclat

10 Juillet 2011

Ténèbres, Chaos, Obscurité et Peine.
Je ne vois que du noir, je ne ressens plus rien.
Ces douleurs bien connues de tous sont des teignes.
Je ne peux défaire moi-même tous mes liens.

Un éclat... Qu'est-ce? Je ne le vois déjà plus.
Il revient! Je le fixe de mes yeux vides,
Je veux qu'en mon regard il reste maintenu.
Lent, il s'approche de mon âme fétide.

Que fais-je? Puis-je laisser cet ange toucher mon être?
Je risquerais de le briser dans ma tombe.
Je ne suis pas un mouton que l'on fait paître.
Je suis un loup blanc qui de chemin se trompe.

Qu'importe! Cette lumière m'a choisi, moi!
Je ne la cherchais pas vraiment, heureux hasard.
Je fuyais tous ses rayons, même sous mon toit.
Mais je ne peux plus avancer que vers son dard.

Cette chaleur qu'elle dégage me rassure.
Je meurs en la sentant s'approcher à grands pas.
Mes brûlantes cendres cet ange saturent.
Nous disparaissons tous deux dans le noir trépas.



XXVII - Funeste Abstraction

10 Juillet 2011

Le chevalet se tient dans l'herbe vibrante.
Profitant d'un soutien fait de trois pieds en bois,
Sa toile cache un secret qui me hante.
Ces pinceaux ont plus d'une couleur dans leur carquois!

Sur sa rugosité caractéristique,
Je ne vois qu'un mélange d'étranges couleurs.
Je n'y distingue rien que de l'illogique
Malgré le fait que j'y ai passé des heures.

Le teint est terne, l'atmosphère est trop sombre.
J'observe mon oeuvre, debout face à elle.
J'essaie de comprendre le revers de l'ombre.
J'ai l'impression que de bien loin elle m'appelle.

Je plonge dans son univers calme et triste,
Oppressant, chaotique et terrifiant. Sale.
Je m'y vois dériver sans fin vers les cryptes,
Empruntant les eaux claires des mers de cristal.

Les cryptes s'ouvrent dans un cri de souffrance.
Je vois ma tombe où ne fane aucune fleur.
J'y entre rempli de larmes. La Mort danse.
Je m'éveille et, comprenant enfin, je pleure.



XXVIII - Mines Nocturnes

10 Juillet 2011

La Lune persiste à vouloir m'éclairer.
Entourée de ses étoiles, elle domine.
Le Roi a délaissé son sujet atterré
Qui erre désormais à l'entrée des mines.

Je n'entends que le sombre chant du silence,
Je ne vois que le jour qui ne se lève pas,
Je ne sens plus que la nourriture rance
Et le froid nocturne qui ne s'éteindra pas.

J'ai creusé de longues et profondes galeries
Dans l'espoir de trouver un nouveau royaume.
Mais je n'ai trouvé que de l'herbe pourrie
Là où, jadis, siégeaient, fiers, les meilleurs tomes.
J'aimerais à nouveau sentir cette chaleur,
Celle qui brûle et qui nous consume sans douleur.
J'aimerais à nouveau voir toutes ces couleurs,
Celles qui rassurent. Déjà avance l'heure.

Je creuse inlassablement dans ces roches,
Cherchant dans ces pierres les rais de lumière.
J'en vois un. Je sors un prisme de ma poche.
Le rai écrit via le prisme sur les pierres
Mais ne me libère pas.



XXIX - Réveil dans la Nature

10 Juillet 2011

Tout le monde est endormi sous sa tente.
La nuit n'est pas terminée. Le jour se lève.
La lumière pointe sur ces jours de détente.
Ce sont des jours où les belles âmes s'élèvent.

Ah! Quelques murmures apparaissent enfin au loin!
Les discussions semblent s'animer vivement.
Nous ressentons déjà les odeurs du matin.
Certains quittent leur chaude tente, lentement.

Des pas hésitants écrasent l'herbe fraîche,
Faisant fuir la petite vie qui s'y trouve.
Et perler la rosée sur les feuilles sèches.
Ce sont tous de beaux souvenirs que l'on couve.

Les arbres semblent s'étonner de voir si tôt
Des humains s'éveiller sur leur territoire.
Ils nous contemplent et s'amuseront bientôt
De cette présence respectant nos devoirs.

Nous sommes venus ici pacifiquement,
Dans l'espoir de faire valoir nos savoirs.
On m'appelle. Je sors de tente à pas lents.
En une nuit, les éclats ont vaincu le noir.



XXX - Forgerons

10 Juillet 2011

C'est un métier que je croyais bien oublié.
Je croyais que seuls les souvenirs persistaient.
Bien qu'étonné, je me suis lourdement trompé:
Cet art, depuis des millénaires existait.

Ils utilisent le charbon pour l'accueillir,
Le sombre feu de la terre pour l'affermir
Et la clarté des eaux bleues pour le refroidir.

Ces artistes font preuve d'habileté,
De finesse, de sagesse et de force.
Tout est dans la main et la créativité.
Fiers de leurs créations, ils bombent le torse.

Je me suis mêlé à leur art contemporain.
J'ai été séduit par l'ultime contrôle
Que nous avons sur le métal de notre main.
Chaque outil et instant possède son rôle.

Ces forgerons maitrisent les quatre éléments.
Cela semble si aisé de l'autre côté
Mais ils pratiquent cet art très patiemment
Et celui-ci ne leur sera jamais ôté.



XXXI - Artistes Dévoilés

10 Juillet 2011

Un voile doré s'étend sur l'horizon: il dort.
Calme, sérénité, tranquillité: il chante.
Tout semble suivre sa respiration: il sort.
Oui. Tout: pierres, arbres et plantes.

Un ami se repose à mes cotés, lisant.
Un autre se prélasse dans l'herbe verte.
Un autre encore dessine en chantant
Et d'autres marchent la chemise ouverte.

Quelques rares couples avancent ensemble,
Ils se tiennent la main et se regardent.
Tendrement, ce regard s'assemble.
Les têtes s'inclinent. La Lune tarde.

Les artistes se rassemblent, heureux,
Autour des étendards venant du Japon.
Ils maintiennent l'ambiance des cieux
Et font couler l'eau sous les ponts.

Calme, sérénité, tranquillité: ils chantent.
L'espoir d'un nouveau monde se teint d'or.
Le voile se répand comme un esprit qui hante:
La vie qui se dévoile dort encore.



XXXII - Etendus dans les Champs

10 Juillet 2011

Un chiot est étendu sur le sol de cailloux.
Il porte un collier et une médaille.
Il observe sa mère au collier à clous:
Elle est couchée sur grand tas de paille.

Le chiot noir se relève maladroitement.
Il avance tout doucement vers sa mère
Dont les yeux brillants sont fermés étroitement.
Il se couche tout près, sur la douce terre.

D'un coup de sa langue, il râpe les poils noirs.
Quelques gémissements résonnent dans les près:
Sa mère ne répond plus aux vois de désespoir.
Il sait bien qu'ils ne pourront plus jamais rentrer.



XXXIII - Souvenir Instructif

10 Juillet 2011

Elles sont toutes différentes mais égales.
En quoi? Je ne saurais le dire moi-même.
Ce n'est pas un souvenir que l'on étale
Mais que l'on chérit et que l'on aime.

L'une, un peu maladroite, est un leader:
On se voit la suivre sans vraiment le vouloir.
Je la crois forte mais d'un passé en pleurs.
Elle possède en effet un puissant pouvoir!

Une autre paraît réservée et méfiante,
Ce n'est qu'une apparence qu'elle se réserve.
Elle est en fait sociale et marrante:
L'égoïsme et le silence l'énervent!

Souriante, la troisième l'est vraiment.
Elle le montre souvent et aime sinon nom.
Elle s'approprie tout et rien ardemment:
C'est une cacophonie quand elle dit son nom!

Timide, renfermée, c'est ce qu'elle dévoile!
La quatrième ne l'est qu'en surface.
Elle est superbe quand on lève le voile
Et quand on lui parle face-à-face!

La cinquième a un grand caractère!
Elle paraît résistante et puissante
Et semble avoir parcouru toute la Terre.
Preuve: elle a tout prévu sous sa tente...

C'est sous ces arbres, sous ce ciel, sous ces tentes
Que j'apprends à les connaître jour après jour.
Cet apprentissage est tellement lent
Que j'espère les retrouver dans deux ans!



XXXIV - Mort par le Feu

10 Juillet 2011

Je vois devant moi chaque âme qui se brise,
Chaque espoir d'un bon avenir qui s'efface.
Je vois les belles auras bleutées qui s'épuisent,
Et la triste décadence qui s'y place.

Des verres vides sont posés sur la table de bois.
Un bac de bières gît sur le sol en parquet.
Un cendrier fume déjà près d'une croix.
Sur le mur à ma droite se tient un portrait.

La lourde musique écrase mes tympans.
Je n'entends que les capsules qui s'enlèvent
Et les discussions qui se jouent de l'instant.
Quelques insultes proviennent des filles d'Eve.

De lentes volutes agressives s'avancent:
Elles me suivent. Je vois toute leur claire noirceur.
Elles semblent vraiment joyeuses quand elles dansent
Mais, en fait, ce ne sont que de sombres horreurs.

Je ne supporte pas cette grise fumée.
Je ne supporte pas cet instant atrophié.
Je ne supporte pas cet air de condamnés.
Je ne supporte pas ce goût ensanglanté.

La nuit sur la Terre s'est déjà posée.
L'aube du jour nouveau sur les Cieux vient enfin.
L'unique Lumière par l'Homme fut délaissée:
Il a éteint le grand feu, il mourra enfin!



XXXV - Ultime Combat

10 Juillet 2011

Ces âmes qui rendent dépendant et hagard...
Je ne peux que les observer s'avancer
Car dès que je les touche du regard,
Elles disparaissent dans l'ombre crevassée.

Je ne souhaite pour leur futur que du bien...
Je ne désire pour moi que leur présence...
Des chaînes... Voilà tout ce que j'obtiens.
Je ne suis qu'une plume dans la balance.

Pourquoi le bonheur m'esquive-t-il?
Qu'ais-je fait pour mériter telle tristesse?
Pourquoi ne puis-je donc pas toucher ce Mithril?
Qu'ais-je fait pour être privé d'allégresse?

Où sont ces anges que je me sais interdits?
Qu'au moins je sache qu'ils existent!
Pourquoi me coupez-vous l'accès au Paradis?
Dois-je marcher dans l'ombre des balistes?

J'ai chuté de nombreuses fois: Il était là.
J'ai pleuré amèrement: Il était là.
J'ai enfermé mes souvenirs: Il était là.
Je le cherche une ultime fois: Il est là.

J'ai besoin de la présence de ces âmes.
Celles qui me rendent dépendant et heureux.
Leur regard me protège des larmes.
Leurs paroles me protègent des creux.

C'est un besoin. Une nécessité!
Ces âmes me sont vitales! Comprenez-le!
Seul, je suis un esprit vide et hanté.
Seul, je ne suis rien! Entendez-le!

Ténèbres et Ombres cherchent mon écrin.
Lumière et Bonheur fuient loin de moi.
Qui suis-je face à l'adversaire? Un pantin.
Que suis-je pour l'allié? Un pantin en émoi.

Suis-je seul face aux mondes?
Les hautes tours s'effondrent.
Suis-je seul face aux mondes?
Déjà je m'effondre.

Les tambours retiennent leur souffle.
Les violons retiennent leurs larmes.
Pourquoi veulent-ils que je souffre?
Il est temps que je lève mes armes.

Mes chaînes se brisent sous la hache.
Ma prison s'ouvre sous la menace.
Armes et boucliers: je les attache.
Tout est fin prêt pour ce combat que j'embrasse.

Si je dois mourir, alors je mourrai!
Si je dois vaincre, alors je vaincrai!
Je me souviendrai de ces âmes sous l'épieu...
Mais adviendra ce que désire mon Dieu!



XXXVI - Rien ne change

21 Août 2011

Je l'ai vue descendre du ciel étoilé.
Elle fut pour mon âme un délice doré.
Sous son regard vivant, mon esprit s'est figé:
Je n'ai jamais vu un tel être exister.

Était-ce possible qu'une si belle sirène
S'intéresse au maladroit que j'étais alors?
Peut-être que oui, malgré les mots de haine
Qui hantent encore les nuits noires où parfois je dors.

Elle était, est et restera la lumière
Qui éclaire mes textes et lamentations.
Oui, telle une torche, elle éclaire la terre
Où je marche en m'enivrant de ses chansons.

Cette torche enflammée a consumé mon coeur
Qu'en ce temps-là, heureux, je croyais éperdu.
Mais sur l'horloge de vie ont tourné les heures:
Les mois saupoudrés d'or sont désormais perdus.

Elle me tient la main droite. Elle me relève.
Pourquoi est-elle encore si gentille avec moi?
Que la pluie tombe ou que le vent se lève,
Elle reste près de moi et elle coupe mon froid.

Pourquoi? Je n'ai rien fait qui mérite ce bien.
J'ai fuit ce regard que j'ai cru m'être adressé,
J'ai lâché cette main qu'elle me tendait de loin
Et j'ai insulté celle que j'avais aimé.

J'aimerais tant savoir ce que murmure mon coeur!
J'aimerais tant savoir ce que murmure le sien!
Car déjà, je me souviens de mes sombres pleurs,
Ceux qui sont restés enfermés dans mon écrin.

L'ange est resté ange.
La lumière est restée lumière.
L'amour est toujours incertain.
L'amitié est toujours nécessaire.



XXXVII - Affrontement Final

4 Septembre 2011

Tous étaient sous le joug de leurs obscurs désirs.
Tous s'adonnaient à leurs sombres pratiques.
Ils ne priaient déjà plus devant la cire
Et brûlaient même les beaux livres antiques.

De leur passé, il ne reste que la honte
Et de leur futur, seulement le désespoir.
Leur présent est devenu un joli conte:
La réalité est qu'ils ne peuvent plus voir.

"Tout est fin prêt! Que cela commence enfin!".
Les cris des myriades d'anges accompagnent
La lumière qui émane des Séraphins
Et de l'armée qui descend dans les campagnes.

Leurs épées lumineuses et leurs casques d'or
Vont enfin servir cette cause finale
Et, les ailes déployées, ils sonnent le cor
Car la fin sonne: Il vient parmi les râles.

Les armées d'âmes sombres et déchaînées
Sortent des nombreux humains qui, par le passé,
Ont été, contre leur volonté, enchaînés.
Le grand Armaguédon enfin peut résonner!

Les lourdes épées des Anges étincellent.
Les démons enragés chargent droit devant.
Leur nombre est semblable à celui des sauterelles:
Ils se rassemblent ici depuis la Nuit des Temps.

Le combat acharné dépasse les Aubes,
Les crépuscules trépassent sous les éclats
Et lentement se multiplient les tombes
Où aucun corps n'est enterré sous les Lilas.

Qui osera les ôter de ces grands tombeaux?
Qui pourra sauver tous ces Hommes et leurs enfants?
Quel ange marchera sur les montagnes d'os?
Quand arrêtera-t-il finalement les Temps?

Les épées trébuchent mais ne se brisent pas.
Les boucliers tombent mais ils sont encore là.
Les pions de l'échiquier ne disparaissent pas:
Les pions noirs se meurent, mais les blancs resteront là!

Après l'âpre bataille nocturne,
Après tant de massacres,
Après si peu d'espoir diurne,
La vie voit enfin venir son sacre.



XXXVIII - Destin Primordial

13 Septembre 2011

Un ange. Ange étrange et mystérieux,
Ange déchu et retrouvé,
Ange triste et joyeux,
Ange qui m'a trouvé.

Des instants. Instants d'Amour et de haine,
Où tes bras rencontraient les miens,
Où tes lèvres rencontraient les miennes,
Où tu m'as perdu parmi les tiens.

Le destin ne veut pas nous lâcher:
Il veut que nous restions sous sa coupe,
Il veut que je te reste attaché,
Il veut construire notre couple!

Destin qui m'effraie et me nuit,
Destin qui édulcore la réalité,
Destin qui brise mes nuits,
Destin qui ignore combien j'ai crié!

Ce rêve que tu es devenu malgré toi
Ne disparait pas malgré ma peur de te perdre,
Malgré ma peur de détruire ces souvenirs,
Malgré ma peur de ne pas connaître mes sentiments.

Que ferais-tu à ma place, Ange de lumière?
Perdre ton amitié est devenue ma plus grande frayeur....



XXXIX - En Souvenir d'un Homme

5 Janvier 2012

Affaiblis par nos peines,
Nous marchons, l'âme sereine.
Les regards des anges attristés
Convergent, lourds, vers leur passé.

Les fleurs pleurent sous la pluie,
Les portes se referment sans bruit,
Les lèvres tremblent et les larmes tombent
Tandis que déjà l'on emmène sa tombe.

Le cortège s'en va, silencieux,
Vers l'endroit qui sera son dernier lieu,
Accompagné des discussions qui voilent le déchirement
Et des anges noirs qui le suivent dans le tourment.

Nous sommes venus les mains vides,
Et c'est désormais le coeur vide que nous partons discrètement.
L'âme d'un Homme est désormais libre
Car elle vit en chacun de vous jusqu'à la fin des temps.

Maintenant que le vent a pris ses cendres dispersées,
Perpétuez son souvenir pour qu'il continue à exister,
Ne tarissez pas sa mémoire, exhaussez sa présence passée,
Préservez-la en vos coeurs afin de ne pas l'oublier.



XL - Humanité

28 Janvier 2012

Le pouvoir silencieusement se réveille
Alors que les hommes s'émerveillent.
Dans l'ombre, les nuages s'avancent
Et ne laissent derrière eux que les déviances.

L'éclair précède le tonnerre,
L'étincelle précède le feu.
Aujourd'hui n'est plus hier!
Battez-vous, peu importe le lieu!

Les rumeurs deviennent cris et clameurs,
Cris de rage, cris de haine,
Desquels coulent les larmes et les pleurs
De ceux qui croyaient au bonheur!

Les étoiles scintillent dans l'ombre,
L'humanité se soulève en nombre.
Aujourd'hui n'est plus hier!
Détruisez vos œillères!

Les valeurs sont violées,
La liberté est bannie,
La vie privée est abolie,
La vérité est voilée.

La démocratie s'effondre,
Il n'en reste que les décombres.
Aujourd'hui n'est plus hier!
Levez vos bannières!

Le sang a déjà coulé assez,
Dans toutes ces guerres de la néo-noblesse.
Ce sont toujours les mêmes qui doivent payer,
Toujours les mêmes qui s'engraissent.

Le temps est venu pour une révolution!
Nous devons mettre fin à ces abominations!
Aujourd'hui n'est plus hier,
Arrêtez l'ascension pécuniaire!

Les grandes puissances s'assemblent,
Tuant ceux qu'ils appellent traitres,
Mettant notre Terre en branle,
Et nous regardons mourir nos êtres!

Le système est décadent, ce n'est qu'une chimère.
Il doit être remplacé, c'est un impératif.
Aujourd'hui n'est plus hier,
Il est temps d'être agressifs!

Nos enfants crèvent sous les ponts,
Nos amis s'entretuent dans l'Orient,
Nos frères étouffent sous les baillons,
Les riches vivent en se distrayant!

Ramenons la raison en cet univers,
Ramenons la vérité en son écrin,
Car aujourd'hui n'est plus hier
Et déjà nous marchons vers demain!



XLI - Pantins

4 Février 2012

Les yeux fermés, le regard clos,
Ils avancent seuls en un écho.
Aveuglés par l'obscurité,
Ils ne voient pas la cavité.

Pas un n'est là pour ces anges
Qui peuplent ce grand mélange.
Aucun n'ose les extirper
De ce rêve au goût d'épée.

Tels des morts, tels des décombres,
Ils voient s'avancer les ombres
Sur leur terre, sur leur patrie,
Voilant de leurs frères les cris.

Dans le silence anonyme,
Les êtres écoutent leur hymne
Enluminé d'or et de sang
Et ne voient pas venir le temps.

D'est en ouest, du sud au nord,
La lumière lentement s'endort,
Et la nuit s'éveille sans bruit
Mais aucune étoile ne luit.

Quelques esprits se soulèvent
Contre le vent qui se lève.
La terre vacille sous leurs pas
Mais les moulins ne tomberont pas.

Les anges noirs au regard absent
Observent ces esprits en sang
Qui s'avancent enfin vers eux,
Pour réveiller ces futurs oeufs.

Sans réagir, lents et mornes,
Ils ne voient pas ce qu'ils ornent,
Ce feu crépitant de raison,
Cette lumière de passion.

Ce feu ne pourra que brûler
Toutes ces brindilles acculées,
Cette lumière passionnée
Ne pourra que les aveugler.

Comment peut-on aider des morts?
Comment peut-on brûler ces corps?
Le grand engrenage jamais
Ne cessera ses hauts méfaits.



XLII - Etoile Filante

17 Décembre 2012

C'est sous mes pieds
Que cette terre,
Lourde et fragile,
Tourne, seule.

C'est à l'ombre d'un train,
Esseulé, que je m'avance
Avec patience vers le lent avenir
Qui déjà m'attend.

C'est alors que du soir,
De la nuit, du désespoir,
Sort un Ange inconnu,
Qui s'élève dans le ciel.

Vers les étoiles, c'est la lune,
Vers le lointain, l'infini,
Cette aveuglante lumière
N'est, malheur, qu'éphémère...

Je la regarde se dissiper au loin,
Dans l'horizon, dans la brume,
Et je la vois s'en aller en une étincelle
Qui lentement retombe sur la terre
Qui alors n'est plus seule.



XLIII - Une Lumière dans l'Obscurité

17 Décembre 2012

C'était une nuit sans étoile,
Une nuit noire et sombre.
Des lumières ne naissaient nulle ombre
Et il régnait sur le monde comme un voile...

J'observais, inquiet et patient,
Ce monde aux reflets incolores.
Et assis sur ma couche, contemplant,
Je ne voyais ni émeraude ni or.

C'est alors que dans l'obscurité
Une étoile fila
Aussi vite qu'un éclat
Que l'on entend claquer.

Surpris par la clarté,
Rapidement, je me lève et sors
Et aussitôt dehors,
Vois l'être éthéré.

"Est-ce toi de nouveau?"
Demandais-je, hésitant.
Et d'un regard apaisant,
Elle me fixe de ses yeux d'eau.

Effrayé de revivre le cauchemar,
Lentement, je recule d'un pas.
De sa main, elle désigne le grand soir
Et, sans un mot, s'approcha...

Ses ailes se déploient,
Une lumière jaillit!
De mon bras, je voile mes yeux éblouis
Et murmure: "Un monstre, tu n'es pas..."

Un sourire sur son visage s'illumine
Et sur le mien déjà se pose.
Ses mains, douces, font vibrer mon échine
Lorsque sur ma peau elles se posent.

- Qu'es-tu?
- Et toi?
Inconnus.
Sans étoile.



XLIV - Enfin... La nuit?

12 Septembre 2013

Enfin... Je la vois...
Est-ce bien elle?
Cette flamme sans voix,
Cette voûte sans ciel,
Ce royaume sans Roi ?

Puis-je y aller ?
Puis-je l'étreindre ?
Je veux m'envoler
Et ses terres rejoindre.

J'entends sa musique
Si douce et si belle.
Cet appel magnifique,
Ce chant irréel.

Je m'avance, lentement,
Vers cette sombre lumière,
Marchant d'un pas hésitant
Mais non moins fier.

Entouré de voix enchanteresses,
De chants et de murmures
Qui me parlent de tendresse
Et d'un pays de clair-obscur,
Je marche, ignorant ma détresse.

De leurs mains agiles,
Ces anges caressent mon âme.
Et de leurs bras d'argile,
Ces démons préparent le drame.

Je ne ressens plus, ni ne vois.
Déjà, mes membres faiblissent.
De mes cris, je n'entends plus la voix
Et de mes gestes, ne retiens que les supplices.

Je m'effondre sur le sol recouvert d'ombres,
M'étalant sur les ronces et leurs épines.
Des rires étouffés éclatent en nombre,
Déchirant tout en moi, jusqu'à l'échine.

Je me relève, assailli par la douleur,
Sous le regard enjoué de ces êtres
Qui ne veulent que mon malheur:
Je suis leur esclave, ils sont mes maîtres.

L'un d'eux s'approche et désigne du doigt
Le pays dans lequel je voulais vivre.









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